Pèlerinage à la Mecque : "Le hajj est un grand supermarché de la foi"

Clarence Rodriguez, ancienne correspondante de Radio France en Arabie saoudite, a analysé le plus grand pèlerinage des musulmans qui commence dimanche et se termine vendredi prochain. 

Photo d\'un pèlerin qui effectue le hajj à La Mecque le 17 août 2018.
Photo d'un pèlerin qui effectue le hajj à La Mecque le 17 août 2018. (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

Deux millions de musulmans sont attendus à La Mecque, en Arabie saoudite, à partir de dimanche 19 août et jusqu'à vendredi 24 août pour le grand pèlerinage, le hajj. C'est l'un des cinq piliers de l'Islam, que tout musulman est censé accomplir une fois dans sa vie s'il en a les moyens physiques et financiers. Parmi eux, entre 20 000 et 30 000 Français participeront.

"Le hajj est un grand supermarché de la foi", estime sur franceinfo Clarence Rodriguez, ancienne correspondante de Radio France en Arabie saoudite pendant une douzaine d'années et spécialiste du pays.

franceinfo : Le hajj constitue à la fois une dépense pour les pèlerins, mais aussi une manne économique pour l'Arabie saoudite ?

Clarence Rodriguez : Le hajj est un grand supermarché de la foi. Ses détracteurs considèrent la Mecque comme un Las Vegas. Pratiquer le hajj coûte très cher, entre 5 000 et 7 000 euros, il y a des fidèles qui économisent tout une vie pour pouvoir y participer. C'est donc une manne incroyable qui constitue la deuxième ressource financière pour l'Arabie saoudite après le pétrole, l'or noir. Or, depuis fin 2014, l'Arabie saoudite est en crise à cause de la chute vertigineuse du prix du baril de pétrole. Forcément, l'Arabie saoudite investit dans ce lieu spirituel qui est devenu un lieu qui rapporte énormément, un enjeu économique.

En 2010, ils ont ouvert un métro, il y a l'agrandissement de la Grande Mosquée de La Mecque qui peut aujourd'hui recevoir 2 millions de personnes. Le coût des travaux est évalué à 8 milliards d'euros. C'est aussi un investissement en termes d'image pour l'Arabie saoudite : ce grand pèlerinage de 2018 s'inscrit dans un contexte de répression des opposants. Le hajj intervient plus d'un an après la crise diplomatique entre le Qatar voisin et l'Arabie saoudite. L'Arabie saoudite sunnite accuse le Qatar de soutenir et de financer les extrémistes islamistes et de se rapprocher de l'Iran chiite, grand rival de Riyad. Mais l'Arabie saoudite accueille les fidèles musulmans du monde entier, y compris les Qataris.

Quel enjeu représente la sécurité ?

Il y a eu des bousculades meurtrières depuis 1987, la dernière en date remonte à 2015, elle avait fait 2 300 morts dont une centaine de pèlerins iraniens. C'est la raison pour laquelle l'Iran n'a pas souhaité envoyer de pèlerins l'année suivante. L'Arabie saoudite essaie toujours d'accueillir au mieux les pèlerins. Les autorités sont marquées par ces bousculades et mettent l'accent sur l'agrandissement des couloirs et des traversées, pour que les musulmans effectuent leur hajj tranquillement.

Cette année l'Arabie saoudite a également investi dans la technologie ?

Le hajj 2018 a pris une dimension de plus en plus high tech. L'Arabie saoudite s'est mise sur son 2.0. Il y a plusieurs applications dans différentes langues. C'est ce qu'on appelle le "smart hajj", pour trouver son chemin, obtenir des soins médicaux d'urgence. Le ministère du Pèlerinage a mis en place une traduction pour les fidèles qui ne parlent ni arabe ni anglais.