Pédophilie dans l'Eglise : une enquête parlementaire indépendante "permettrait peut-être de délimiter l'ampleur du problème"

Jean-Pierre Mignard, avocat et professeur à Sciences Po, est l’un des premiers signataires de l’appel lancé dimanche dans le magazine Témoignage chrétien un appel pour une enquête parlementaire indépendante sur les abus sexuels dans l'Église en France. Il appelle à ce que la France rattrape son retard en la matière.

Jean-Pierre Mignard, l\'un des premiers signataires de l\'appel lancé dans Témoignage Chrétien.
Jean-Pierre Mignard, l'un des premiers signataires de l'appel lancé dans Témoignage Chrétien. (ALAIN JOCARD / AFP)

Un groupe de personnalités réunissant des religieux, d'ex-ministres, des avocats et des victimes lancent, dans le magazine Témoignage chrétien, un appel pour une enquête parlementaire indépendante sur les abus sexuels dans l'Église en France, afin que le pays commence à rattraper son "retard" en la matière. "Nous sommes dans la confusion et le trouble", explique sur franceinfo Jean-Pierre Mignard, avocat et professeur à Sciences Po. Editorialiste chez Témoignage Chrétien, il a été l’un des premiers signataires de l’appel.

franceinfo : Est-ce important que ce texte soit lancé par des chrétiens ?

Jean-Pierre Mignard : Oui, c'est essentiel parce que la criminalité pédophile à l'intérieur de l'Eglise court maintenant depuis un très grand nombre d'années. Périodiquement, une nouvelle affaire éclate. Cela sème le trouble, la confusion et quelques fois la honte. Donc, il est indispensable que du monde chrétien, et particulièrement catholique, s'élève une volonté de connaître, de savoir et que notamment l'Eglise dise où en est cette criminalité, ce qui est fait pour la prévenir, ce que l'on ne sait pas encore, ce qui s'est passé. C'est tout simplement une introspection indispensable pour retrouver la confiance des catholiques vis-à-vis de l'Eglise qui est leur propriété et celle de l'extérieur.

Il y a déjà une voix catholique qui s'est élevée, celle du pape. Cela a-t-il servit à quelque chose ?

Il y a eu deux papes. Il faut le reconnaître le pape Benoît XVI a été le premier à engager le fer avec beaucoup de détermination. Je ne suis pas sûr qu'il ait réussi et que cela n'a pas été un moment de démoralisation important pour lui. Le pape François aussi qui appelle encore plus loin en demandant aux laïcs de prendre leurs responsabilités. L'initiative que la rédaction que Témoignage chrétien a pris va dans ce sens. Entre les paroles papales, dotées de sincérité, de volonté de savoir, il y a toute une zone grise intermédiaire qui est une zone de blocage.

Le pape François a réduit vendredi à l'état laïc Fernando Karadima, un ancien prêtre charismatique chilien condamné pour pédophilie. Est-ce révélateur d'un changement.

Il y a des questions de prescriptions judiciaires qui sont liées au fait que l'on ne révèle pas, que l'on dissimule, que l'on cache. Sur ce point, la loi de la République s'applique à l'Eglise. Mais aujourd'hui, la question est que l'ensemble des prêtres qui sont chargés de mission d'enseignement ou d'encadrement soient les agents de la lutte contre cette criminalité à l'intérieur de l'Eglise catholique.

Que changerait une commission d'enquête parlementaire ?

Elle permettrait de savoir où nous en sommes, de rendre compte et peut-être de délimiter l'ampleur du problème. Comme nous sommes dans la confusion et le trouble, tout le monde est atteint. Tout catholique peut être un animal de la peste au sens où quand on le regarde on se dit qui sont ces gens. Une attitude c'est une attitude qui consiste à couvrir, à dissimuler. C'est n'est pas notre conception de l'Eglise ou de l'Evangile.