Pédocriminalité dans l'Église : s'il faut une réparation financière, "les instituts religieux paieront en direct", explique la Conférence des religieux de France

La nouvelle commission indépendante de reconnaissance et de réparation des faits pédocriminels commis au sein de l'Eglise, créée vendredi, a mis en place un fonds pour dédommager les victimes si l'institut religieux de l'auteur a disparu ou est insolvable.

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Véronique Margron, présidente de la Conférences des religieux et religieuses de France, le 19 novembre 2021 à Lourdes (Hautes-Pyrénées). (GAIZKA IROZ / AFP)

"Ne pas créer une injustice supplémentaire pour des victimes" : voilà l'objectif de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), qui a voté vendredi 19 novembre la création d'une nouvelle commission indépendante de reconnaissance et de réparation, en complément de l'instance déjà mise en place par les évêques après la publication du rapport Sauvé sur les faits pédocriminels commis au sein de l'Église catholique. Sa présidente, soeur Véronique Margron, a affirmé sur franceinfo que "cette commission devrait être (...) totalement opérationnelle dès le 2 ou 3 janvier".

franceinfo : A quoi cette commission va-t-elle exactement servir ?

Soeur Véronique Margron : Cette commission va permettre de recevoir les personnes victimes ou leurs proches - qui sont des également des secondes victimes en quelque sorte - comme des parents, des frères et des sœurs. L'objectif est de donner du crédit au récit de la victime, de manifester qu’on la prend très au sérieux et de chercher des responsabilités. Ensuite, l'idée est de faire médiation avec l'institut religieux auquel appartient ou appartenait l'auteur des faits. Présidée par le magistrat Antoine Garapon, notre commission sera indépendante de la Corref, des instituts religieux et des victimes. Des rapports seront rendus annuellement. Surtout, il sera aussi possible d'y mener des travaux de recherche, y compris au service des instituts religieux, pour nous aider à comprendre pourquoi nos institutions ont tellement failli, quelle est l'ampleur et la complexité des traumatismes pour les victimes. Tout cela participe de la prévention.

En quoi votre travail au sein de cette commission sera différent de celui des évêques ?

Nous avons des particularités. La première de ces particularités, c'est que nous prendrons aussi en charge les personnes qui ont été victimes adultes. Nous savons qu'il y en a : des religieuses, parfois des religieux, mais aussi d'autres personnes. C'était très important pour nous de prendre en charge les mineurs et les majeurs. Pour le moment, la Commission des évêques de France ne prend en charge que les victimes qui l’ont été quand elle était mineures. Par ailleurs, nous n'avons pas du tout le même mode de financement. Les instituts religieux paieront en direct, s'il s'agit de réparations financières. Nous avons créé un fonds subsidiaire au cas où l'auteur des faits appartiendrait ou aurait appartenu à un institut qui aurait disparu ou qui serait insolvable de façon avérée, pour ne pas créer une injustice supplémentaire pour des victimes. C'est la raison pour laquelle il paraissait important de maintenir ces deux commissions.

Votre commission arrive après celle des évêques mais votre Conférence avait été la première, au printemps dernier, à reconnaître "la responsabilité collégiale et spirituelle de l'ensemble de la vie religieuse dans les violences sexuelles". Est-ce un sujet primordial pour vous ?

Oui, c'est fondamental pour nous. Nous travaillons sur ce sujet, douloureusement et gravement, depuis plus de deux ans avec l'ensemble de l'assemblée générale et le conseil de la Corref. Notre vie, c'est d'essayer de témoigner du Christ et de l'Evangile. Témoigner de l'Evangile, aujourd'hui, c'est faire justice à celles et ceux dont les vies ont été détruites par des membres de la vie religieuse, des membres qui auraient dû être les plus respectueux, les plus attentifs aux plus vulnérables, à la liberté de conscience de chacun, mais qui ont commis ces crimes.

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