"On a découvert l’impensable" : un père témoigne après la mise en examen d'un prêtre du Cantal pour des abus sexuels sur ses enfants

Malgré des pressions, ce père de famille assure qu'il ne se taira pas. Il veut que "toutes les responsabilités soient établies", a-t-il confié à France Bleu Pays d'Auvergne. 

Une église dans la campagne belge (illustration).
Une église dans la campagne belge (illustration). (JEAN-LUC FL?MAL / MAXPPP)

Un père de famille, Christophe, s'est confié mercredi 9 janvier à France Bleu Pays d'Auvergne, alors que ses quatre enfants disent avoir été abusés par un prêtre de Massiac (Cantal). Le curé de 64 ans a été mis en examen le 14 septembre dernier, pour "agression sexuelle sur mineurs de moins de 15 ans". Les faits se seraient produits entre 2012 et 2018.  Christophe parle pour ne "pas faire l’autruche". Il se dit "persuadé que l’Église a servi de refuge à ces gens-là, car ils se savaient protégés quelque part"

franceinfo : Comment vont vos enfants ?

Christophe : J’en ai deux qui ne vont pas bien, qui ne peuvent plus approcher un presbytère, l’église, et deux autres qui continuent à aller à l’église et qui vont à peu près bien. C’est notre fille, la première, qui dès les premiers gestes déplacés -des mains sur les fesses et un baiser forcé- en a parlé tout de suite à mon épouse, disant que son frère aussi avait été victime d’assaut de ce prêtre. Et son frère a reconnu qu’il n’y avait pas que ça. Petit à petit, on a découvert l’impensable, c’est-à-dire que l’un des quatre avait été violé à plusieurs reprises. C’est début août 2018 que notre fille nous en a parlé. Il a fallu attendre le 2 septembre, quand son frère craque à la messe. Et on a découvert, petit à petit, une fellation, puis un viol.

Quelle a été votre réaction ?

Ça a été un tsunami. Je n’arrive pas à décrire mieux que ça. C’est une douche froide, tout qui s’effondre, une trahison de la part de ce prêtre qui venait à la maison. Les enfants l’appelaient Tonton. C’était un très proche de la famille. Maintenant, tout se bouscule dans la tête.

Pourquoi témoigner aujourd'hui ?

Pour une raison utopique : que cela ne se reproduise plus, pour que les gens parlent, que ce ne soit plus un sujet tabou, notamment dans l’Église.

Avez-vous reçu des pressions pour vous taire ?

La pression vient du vicaire général. On m’a demandé d’éviter de parler aux médias et de régler cela "en famille". Je ne me tairai pas. Je veux aller au bout et que toutes les responsabilités soient établies. Ce sont les hommes d’Église qui les couvrent [ces agissements]. Il y a eu Orléans, Lyon en ce moment, Lisieux, maintenant le Cantal. Il faut que la lumière soit faite, pour le bien de l’Église. On ne peut pas continuer à faire l’autruche. Moi, je suis persuadé que l’Église a servi de refuge à ces gens-là car ils se savaient protégés, quelque part. Et il ne faut plus ça.