Éviction du père Vignon : "Ce n'est pas en étouffant des voix qu'on va obtenir la vérité, la transparence et un retour de confiance"

Pour Christine Pedotti, directrice du magazine "Témoignage Chrétien", la révocation du prêtre lanceur d'alerte, Pierre Vignon, qui avait appelé à la démission du cardinal Barbarin, lequel avait couvert des actes de pédophilie, est un signe "inquiétant".

Le père Vignon, dans son église de Saint-Martin-en-Vercors, le 22 août 2018.
Le père Vignon, dans son église de Saint-Martin-en-Vercors, le 22 août 2018. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

Le prêtre lanceur d'alerte, Pierre Vignon, a été sanctionné par les évêques de Rhône-Alpes. En août dernier, il avait appelé à la démission du cardinal Barbarin qui avait couvert des faits de pédophilie au sein de l'Église. Il a été démis de ses fonctions de juge au tribunal ecclésiastique de Lyon. Un signe "inquiétant" pour Christine Pedotti, directrice du magazine Témoignage Chrétien.

A partir de demain, les 118 évêques de France se rassemblent en assemblée plénière à Lourdes. Ils ont invité une petites dizaine de victimes de pédophilie à participer à des groupes de travail. C'est vraiment sincère ou ça reste de la communication ?

Difficile à dire comme ça. Je pense que pour beaucoup, c'est sincère. Je pense qu'il y a aussi un nécessaire affichage parce que l'émotion est considérable partout dans le pays et dans les paroisses. Il faut montrer que l'on fait des choses. J'ose croire que les évêques, chacun dans leur diocèse, ont déjà entendu les victimes et qu'ils ne les considèrent pas comme des sortes de martiennes. On a là un peu l'impression que les évêques vont au zoo observer les victimes.

Vous partagez l'indignation qui s'élève face au renvoi de Pierre Vignon ?

J'avais eu des commentaires très courroucés du secrétaire général de l'épiscopat puisque j'avais osé écrire dans un éditorial que l'Église communiquait comme la RDA en octobre 1989. Ça continue. Évidemment, Pierre Vignon n'est pas au goulag, ce n'est pas de cela dont il s'agit, mais c'est incroyablement contreproductif. J'en ai parlé avec Pierre Vignon hier. Il me dit "On est le jour de la Toussaint et on fait un martyr". Toute propension gardée, c'est absurde. Ce n'est pas en étouffant des voix qui disent des choses qu'on va obtenir la vérité, la transparence et surtout un retour de confiance.

Votre magazine s'était mobilisé pour demander une commission d'enquête parlementaire sur les crimes sexuels commis au sein de l'Église. Le projet est tombé à l'eau ?

Il est tombé à l'eau au Sénat. À l'Assemblée nationale, rien n'a été demandé jusqu'alors. [Nous allons revenir à la charge] dès la semaine prochaine et d'une façon d'autant plus déterminée que les signes qui nous sont donnés actuellement par l'Église ne sont pas réconfortants. L'éviction de Pierre Vignon est inquiétante, ce qui s'est passé autour du procès d'André Fort mardi à Orléans, un évêque qui a couvert des faits de pédophilie et qui, in extremis, produit un certificat médical pour ne être là, les quelques représentants de l'Église qui sont là pour témoigner et qui s'en vont avant même que les victimes soient interrogées… Tout ça donne des signes qui sont tout de même très inquiétants. Il me semble que dire aujourd'hui que l'Église pourrait convoquer elle-même une commission et lui donner les moyens d'intervenir me semble très éloigné de la réalité.