Abus sexuels dans l'Eglise catholique : "On est face à une institution qui affiche des déviances massives", selon l'association La Parole libérée

Selon le président de la commission indépendante sur les abus sexuels, il y a eu entre 2 900 et 3 200 pédocriminels au sein de l'Eglise catholique en France depuis 1950. Le rapport de la commission sera rendu public mardi.

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François Devaux, président de l'association La parole libérée, le 15 janvier 2020, au palais de justice de Lyon. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"On est face à une institution qui affiche des déviances massives, qui dysfonctionne totalement et qu'il faut réformer dans une ampleur qui est considérable", a réagi dimanche 3 octobre sur franceinfo François Devaux fondateur de l’association La Parole libérée qui lutte contre la pédocriminalité dans l’Eglise catholique. Jean-Marc Sauvé, le président de la commission qui enquête sur la pédocriminalité dans l'Eglise, a indiqué qu'il y avait eu "entre 2 900 et 3 200 pédocriminels", hommes, prêtres ou religieux, au sein de l'Eglise catholique en France depuis 1950.

Cette commission rendra public son rapport de 2 500 pages mardi. Il fait état de viols, d'actes de torture ou même d'esclavage. "C'est ce qu'on dit depuis maintenant six ans et rien ne bouge au sein de l'Eglise catholique, ni chez les évêques, ni au sein du Vatican", se désole François Devaux.

franceinfo : Quelle est votre première réaction à ce rapport de la commission ?

 François Devaux : C'est incroyable, c'est impensable. C'est de ça dont on parle. C'est ce qu'on dit depuis maintenant six ans et rien ne bouge au sein de l'Eglise catholique, ni chez les évêques, ni au sein du Vatican, ni le pape lui-même qui est sans arrêt pris à partie. On ne comprend pas bien, la commission parle d'un fonds de 5 millions pour indemniser les victimes. Je ne sais pas ce qu'ils comptent financer avec ces 5 millions d'euros. Ça ne suffira pas pour payer les chips et le pot d'accueil !

Vous avez hésité à témoigner devant la commission Sauvé ou pas ?

Je n'ai pas hésité à témoigner auprès de la commission une seule seconde mais j'ai eu des doutes au démarrage de cette commission notamment dus à l'affiliation catholique de son président. Il appartient à cette religion. Il a lui-même fait le petit séminaire, il a failli être prêtre, il a une vraie éducation catholique qui est au cœur du problème. J'ai eu des doutes aussi parce qu'il n'y avait pas de victimes au sein de cette commission. Au final, je crois que c'était une bonne décision.

Comment selon vous l'omerta a-t-elle pu s'installer au sein de l'Eglise catholique sur ces crimes pédocriminels ?

La question qui se pose à nous aujourd'hui et à laquelle il faut répondre, c'est de savoir si l'Eglise catholique est réellement capable de porter un tel programme de réformes, aussi large, d'une telle profondeur. Est-ce qu'on peut se dire décemment qu'elle a une chance d'y arriver, c'est la question que je pose à toute l'humanité au regard de tout ce qu'elle a commis et qu'aucune frontière, aucune culture n'ont été capable d'entraver, d'empêcher. C'est la vraie question fondamentale que pose ce rapport.

À cette question que vous posez, quelle est votre réponse ?

Peu importe ce que j'en pense. La réponse est celle de toute une société. Elle appartient aux gouvernements du monde entier, aux différentes démocraties. Elle appartient au regard qu'on porte sur ce pape. On est face à une institution qui affiche des déviances massives, qui dysfonctionne totalement et qu'il faut réformer dans une ampleur qui est considérable. Il faut revoir au sein de cette institution sa gouvernance, il faut revoir des points de théologie, l'intégrité de son droit canonique, sa transparence, sa lecture de l'humanité, la sincérité de son engagement spirituel. 1789 c'était de la blague à côté !

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