Lourdes : la reconnaissance des miracles par l’Église "est un véritable parcours du combattant"

Le miracle de guérison est d'abord examiné par une commission médicale, puis confié à l'évêque du lieu où a eu lieu l'événement qui décidera, avec une commision théologique, de le reconnaître ou non.

Des pélerins à Lourdes lors de la messe de l\'Assomption du 15 août 2013.
Des pélerins à Lourdes lors de la messe de l'Assomption du 15 août 2013. (RACHEL BARRANCO / MAXPPP)

"C'est un véritable parcours du combattant", a estimé sur franceinfo samedi 11 août, Jean-Marie Guénois, spécialiste des questions religieuses au journal Le Figaro, à propos du processus de reconnaissance des miracles par l'Église. Le traditionnel pèlerinage national de Lourdes démarre samedi dans les Hautes-Pyrénées, à l'occasion de la célébration de l'Assomption de la Vierge Marie. C'est le 145e pèlerinage et cela fait 160 ans, selon la croyance catholique, que Bernadette Soubirous a vu la Vierge dans cette commune.
 
franceinfo : Comment l’Église fait-elle le tri entre toutes les personnes qui affirment avoir vu la Vierge ?
 
Jean-Marie Guénois : Bernadette Soubirous disait une phrase assez célèbre : "Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire." Les témoins d'apparition - et c'est le cas notamment pour Fatima par exemple - sont souvent des gens assez simples et assez pauvres. Ils disent et racontent ce qu'ils ont vécu. Il y a parfois des phénomènes visibles par d'autres personnes et il y a surtout les guérisons. Ce qui a fait "décoller" Lourdes c'est que les gens qui sont venus ensuite ont eu des phénomènes de guérison. Au fil du temps, l'Église a reconnu qu'il s'était passé quelque chose d'extraordinaire, un phénomène surnaturel.
 
Des miracles, il y en a encore aujourd'hui. Vous avez d'ailleurs co-signé le livre Ma vie est un miracle, qui va sortir à la rentrée. Comment se passe la reconnaissance par l'Église d'un miracle ?
 
C'est un véritable parcours du combattant. J'ai écrit ce livre avec une religieuse, Bernadette Moriot, qui a été guérie d'un syndrome de la queue de cheval. C'est une affection des terminaisons nerveuses de la colonne vertébrale. Le pied gauche était perpendiculaire au pied droit, elle avait d'énormes problèmes et beaucoup de souffrances. Elle est allée à Lourdes en 2008 et trois jours après, à son retour, elle était guérie. L'Église est extrêmement pointilleuse sur ce sujet. Elle confie d'abord le sujet à une commission médicale. Ça a duré quasiment huit ans pour l'examen de la question médicale, avec des commissions de 300 médecins et trois commissions de spécialistes. Ils ont finalement conclu que la science ne pouvait pas expliquer, en l'état de ses connaissances, ce qui s'était passé. Dans un deuxième temps, le dossier revient à l'évêque de l'endroit où habite la personne. Lui doit décider ou non s'il y a miracle. (...) C'est là qu'on demande non plus aux médecins mais à des théologiens de se prononcer. L'évêque réunit une commission de théologiens qui travaillent sur le sujet et disent "oui, il y a miracle".
 
Ça fait 160 ans maintenant que Bernadette Soubiroux a vu la Vierge, selon l'Église catholique. Cependant, ce genre de pèlerinage à Lourdes a lieu toute l'année ?
 
Il y a, pour le 15 août, le pèlerinage national qui a été créé par les pères assomptionnistes (...) mais il y en a d'autres. Il y en a un au mois de septembre qui s'appelle Cancer et espérance, un au mois d'octobre organisé par les Dominicains... Chaque année, chaque mois et chaque semaine, à Lourdes, il y a des pèlerinages diocésains. Il y a beaucoup d'étrangers, il y a des gens qui viennent du monde entier à Lourdes, beaucoup plus qu'on ne le croit. Chaque année, en permanence, défilent des gens devant cette grotte qui viennent ici prier pour eux et pour tous ceux qui en ont besoin.