Le hijab de running que voulait vendre Decathlon en France "ne s'oppose pas au principe de laïcité"

Après la polémique qui a poussé l'enseigne d'articles de sport à annuler la commercialisation d'un hijab de course, le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité réagit auprès de franceinfo. 

Le hijab pour courir proposé à la vente sur le site de Decathlon Maroc, en 2018.  
Le hijab pour courir proposé à la vente sur le site de Decathlon Maroc, en 2018.   (MAXPPP)

La controverse a fini par faire plier Decathlon. Le groupe a annoncé, mardi 26 février, renoncer à commercialiser son hijab de sport en France, après une journée de polémique sur le port d'un tel vêtement dans l'espace public. "Il y a eu un vrai réveil citoyen, une vraie mobilisation de la part des citoyens qui sont attachés à la liberté des femmes, à la laïcité", s'est félicitée mardi sur franceinfo Lydia Guirous, porte-parole LR à l'origine de la mobilisation contre ce hijab de course. 

Mais invoquer le principe de laïcité pour parler de la vente d'un article de sport par une entreprise privée est-il judicieux ? Franceinfo a posé la question à Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité auprès du gouvernement. 

Franceinfo : Le hijab de running de Decathlon contrevient-il au principe de laïcité ?

Nicolas Cadène : Non, cet article de Decathlon ne contrevient pas au principe de laïcité puisque le principe de laïcité permet la libre expression des convictions, croyantes ou non, religieuses ou non, de la part des citoyens. Le principe de laïcité n'impose la neutralité qu'à l'administration publique, pour assurer l'égalité de traitement des citoyens, quelles que soient leurs convictions ou leurs croyances. 

Le fait que des personnes portent le voile dans la rue, ou en l'occurrence un hijab sportif, ne s'oppose pas au principe de laïcité.

Le principe de laïcité garantit au contraire le droit de porter ou non un signe religieux, notamment dans la rue, dès lors qu'il n'est pas imposé à autrui.Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité auprès du gouvernementà franceinfo

Que pensez-vous du fait que des politiques s'emparent de ce sujet en invoquant la laïcité ? 

Pour ce qui concerne les représentants de l'administration publique, ils ne peuvent pas juger d'une pratique religieuse dès lors qu'elle ne s'oppose pas à la loi. Après, pour ce qui est des personnalités politiques élues, qui ne représentent pas directement une administration publique, elles peuvent tout à fait avoir des positions et opinions personnelles sur le sujet. Mais juridiquement, la laïcité n'avait pas à être invoquée. 

Que vous inspire le fait que l'annonce de la vente de ce hijab sportif ait provoqué une telle polémique ? 

Ça dépasse mon domaine, je n'ai pas à vous donner mon opinion personnelle, mais ça confirme que le sujet des signes religieux, et en particulier le sujet du voile, renvoie à une très forte sensibilité et à certaines crispations de la société française. 

Comment lisez-vous la décision de Decathlon de finalement renoncer à la commercialisation de cet article en France ?

Là encore, je n'ai pas à en juger. Decathlon avait le droit de vendre cet article de sport qui a priori, selon la marque, répondait à une demande de ses clientes qui portent un voile. Après, ils peuvent tout à fait annuler cette vente.

La seule chose qui peut être constatée objectivement comme étant très regrettable, c'est que les équipes de Decathlon auraient subi des agressions physiques et verbales.Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité auprès du gouvernementà franceinfo

Ça c'est inquiétant, et de telles agressions sont inacceptables. 

La vente des hijabs de course est-elle problématique dans d'autres pays ? 

A ma connaissance, c'est un produit qui est vendu dans de nombreux pays sans que cela pose problème. Cela ne veut pas dire que c'est bien ou mal, mais à ma connaissance il n'y a pas eu de telles réactions à l'étranger. Nike et d'autres marques vendent des produits équivalents, et a priori ça n'a pas provoqué une quelconque polémique à l'étranger, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis ou dans des pays à majorité musulmane.