Emmanuel Macron au Vatican : il va "entendre une parole avec laquelle il n'est pas complètement d'accord" à propos des migrants

Avec sa visite chez le pape mardi, le chef de l'État confirme qu'il "reconnaît une place aux catholiques" selon le porte-parole adjoint de la Conférence des évêques de France, même si François et Emmanuel Macron ne sont pas d'accord sur tout.

Le Pape rencontre un groupe de migrants au Vatican, le 6 juin 2018.
Le Pape rencontre un groupe de migrants au Vatican, le 6 juin 2018. (TIZIANA FABI / AFP)

"Si Emmanuel Macron va au Vatican c'est aussi, il le sait, pour entendre peut-être une parole avec laquelle il n'est pas complètement d'accord", commente Vincent Neymon, le porte-parole adjoint de la Conférence des évêques de France, mardi 26 juin sur franceinfo. Le président de la République rencontre ce jour le pape François pour la première fois, qui a placé le dossier des migrants au cœur de son pontificat.

franceinfo : Emmanuel Macron va-t-il au Vatican pour recoller les morceaux avec les catholiques ?

Vincent Neymon : Clairement, cette visite pour nous, du côté de la Conférence des évêques de France, s'inscrit dans la logique de cette rencontre au collège des Bernardins [le 9 avril dernier]. Nous sommes dans le cadre d'une laïcité enfin apaisée en France avec un président de la République qui reconnaît une place et un rôle aux catholiques dans la société - je dis bien dans la société, pas dans l'État - et cette visite, comme plusieurs dizaines d'autres représentants et chefs d'État au Vatican se fait dans cette logique-là. Nous entendons absolument ceux qui sont arc-boutés contre l'application sereine de cette loi de 1905 qui, je le rappelle, est une loi qui permet aux religions et à tous ceux qui ont des convictions quelles qu'elles soient de pouvoir s'exprimer dans l'espace public et d'exposer leurs convictions. C'est tout simplement cela la loi de 1905 et c'est ce qu'a rappelé le président de la République lorsqu'il était au collège des Bernardins.

Est-ce une stratégie de réconciliation politique pour mieux faire passer certaines mesures, comme la procréation médicalement assistée (PMA) qu'Emmanuel Macron a promise ?

Je ne sais pas s'il y a une stratégie vis-à-vis des catholiques, ça c'est lui qui peut le savoir. Nous, ce que nous voyons c'est que le président de la République, par cette visite, confirme qu'il reconnaît une place aux catholiques et une parole, un rôle. Ça ne veut pas dire qu'il est d'accord avec nous sur tout, ça ne veut pas dire que les catholiques ont raison dans la société dans laquelle nous sommes, qu'ils vont l'emporter sur leurs sujets. Cela veut simplement dire que le chef de l'État reconnaît que les catholiques ont une voix et que cette voix s'exprime. L'État, la démocratie fonctionne, peut-être qu'elle ne fonctionnera pas sur la PMA dans le sens que nous souhaitons, en tout cas, l'important pour nous, est de pouvoir s'exprimer dans cette société et c'est ce que le président de la République a reconnu.

Le pape va-t-il demander à Emmanuel Macron de mieux accueillir les migrants en France ?

Je ne suis pas grand-chose pour dire au pape ce qu'il a à dire au président de la République, mais bien sûr, évidemment, on peut imaginer qu'ils vont aborder ces sujets. On peut faire confiance à l'un et à l'autre pour se dire les choses en vérité. Ce sont des hommes sans doute très courageux, et puis en même temps qui se parlent en vérité, donc si Emmanuel Macron va au Vatican c'est aussi, il le sait, pour entendre peut-être une parole avec laquelle il n'est pas complètement d'accord. Je crois qu'encore une fois le cadre que le président de la République a rappelé aux Bernardins, c'est un cadre de laïcité apaisée. Il nous envoie le signe que les catholiques doivent s'exprimer et s'engager en politique. Le pape là-dessus aussi converge avec Emmanuel Macron.