La mairie de Cannes interdit le burkini sur ses plages : "C'est l'uniforme d'un mouvement contre lequel nous sommes en guerre"

La mairie de Cannes assure ne pas viser les femmes musulmanes voilées, mais seulement celles portant ce maillot de bain couvrant l'intégralité du corps et les cheveux.

Une plage de Cannes (Alpes-Maritimes), le 13 mai 2016.
Une plage de Cannes (Alpes-Maritimes), le 13 mai 2016. (LOIC VENANCE / AFP)

Deux jours après l'annulation d'une journée destinée aux femmes porteuses de burkini dans une piscine de Marseille, la polémique sur cette combinaison de bain intégrale, couvrant tout le corps de la tête aux chevilles, rebondit. Par un arrêté municipal pris le 28 juillet 2016, remarqué par les internautes et relayé sur Twitter jeudi 11 août, la ville de Cannes a interdit, jusqu'au 31 août, l'accès aux plages aux personnes dont la tenue ne respecterait pas "la laïcité". 

Une mesure qui ne vise "pas le voile, la kippa ou la croix", mais les signes jugés "ostentatoires", explique à francetv info le directeur général des services de la mairie, qui considère le burkini comme "un signe d'adhésion au jihadisme".

"Le burkini n'est pas une tenue, mais un uniforme"

Le directeur général des services, Thierry Migoule, assure pourtant que ce sont trois autres raisons qui expliquent l'interdiction du burkini. Ce vêtement, plus ample qu'une combinaison et conçu pour la baignade, poserait "un problème d'hygiène" et un risque pour la sécurité de la personne qui la porte et des sauveteurs, "qui n'ont pas appris à sauver des gens tout habillés"Enfin, la mairie craint des troubles à l'ordre public : "Dans ce contexte d'état d'urgence, on ne sait pas comment les gens pourraient réagir devant des tenues provocatrices."

Aux yeux de Thierry Migoule, le burkini n'est "pas une tenue, mais un uniforme". Ce maillot de bain couvrant l'intégralité du corps, y compris les cheveux, vendu comme une façon pour les femmes voilées de se baigner sans se découvrir, est, à ses yeux, "un signe ostentatoire d'adhésion à un mouvement qui nous combat, au jihadisme." Pour lui, ce qui fait du burkini un signe religieux "ostentatoire", à la différence d'un voile, est sa nouveauté : "C'est quelque chose que l'on ne voyait pas il y a quelques années."

Pas une seule amende infligée en deux semaines

La mairie assure que la présence de femmes en burkini à Cannes "a été constatée", même s'il concède qu'il n'y en a "pas beaucoup". Depuis l'entrée en vigueur de la mesure, fin juillet, la police municipale "n'a pas mis un seul PV", affirme Thierry Migoule, pour qui, "dans un premier temps, il s'agira d'expliquer la mesure". Le port du burkini sur les plages de Cannes est désormais passible de 38 euros d'amende.

Dans l'arrêt, la définition des vêtements interdits est floue : le texte interdit les plages à "toute personne n'ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité", et des règles d'hygiène et de sécurité. Un autre passage évoque les "tenues de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse"Mais la mairie assure que seul le burkini est visé. 

Une entrave à la liberté d'aller et venir ?

L'arrêté s'appuie sur la laïcité et "le principe de neutralité des services publics qui en découle", principe qu'il étend donc aux plages de Cannes, présentées comme "le service public balnéaire". Une notion qui laisse dubitative la magistrate et blogueuse Judge Marie, pour qui on ne peut pas distinguer la plage du reste de l'espace public, où les signes religieux ne sont pas interdits. "Cet arrêté ne tiendrait pas une minute devant un tribunal administratif, estime-t-elle. C'est une entrave à la liberté d'aller et venir, et une rupture de l'égalité devant la loi."

La section cannoise de la Ligue des droits de l'Homme a menacé, dans un communiqué vendredi, de porter l'affaire devant les tribunaux, évoquant "un abus de droit", rapporte Nice Matin.

Thierry Migoule, lui, compare cette interdiction à un précédent arrêté "qui interdit aux hommes de se promener torse nu et en maillot en ville". "Ce n'est pas une posture politique" surfant sur la récente polémique sur le burkini, assure la mairie. La mesure est en effet entrée en vigueur depuis deux semaines, sans faire l'objet d'une communication de la part du maire David Lisnard (Les Républicains).