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Qui sont les gens du voyage ?

Les violentes attaques de Christian Estrosi ont provoqué un tollé. Francetv info vous explique qui sont ces personnes qui dérangent tant le maire de Nice ?

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France Télévisions
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Des gens du voyage, à l'aérodrome de Charmeil (Allier), le 17 juin 2013. ( MAXPPP)

Il appelle "à la révolte" contre eux, dénonce leurs comportements"délinquants", estime qu'il faut les "mater". Interrogé sur Europe 1, dimanche 7 juillet, sur les 470 caravanes de gens du voyage recensées par la préfecture dans le département des Alpes-Maritimes, Christian Estrosi a fait montre d'une grande virulence sur le sujet. Outre de nombreuses erreurs factuelles, dénonce Rue89, le maire UMP de Nice s'est emmêlé les pinceaux, assimilant les gens du voyage aux Roms. Francetv info vous explique qui sont les gens du voyage en France d'aujourd'hui.

Gens du voyage et Roms, c'est la même chose ?

L'amalgame est fréquent. Pourtant, comme l’explique Europe1, "gens du voyage" est avant tout un statut juridique désignant une catégorie de "population dont le mode de vie est caractérisé par l'habitat en caravane".

La désignation ethnique n'existant pas dans le droit français, la législation a eu recours au terme "gens de voyage", explique Patrick Williams, anthropologue au CNRS et spécialiste des cultures Roms, dans une vidéo. La catégorie, hétérogène, rassemble des groupes de Gitans, manouches, Roms..., dont une majorité est de nationalité française. Les familles anciennement implantées en France ont tendance aujourd'hui à employer cette appellation pour se distinguer des Roms de l’Est, analyse l'anthropologue.

Sont-ils tous nomades ?

Le statut des 300 000 à 400 000 gens du voyage présents sur le territoire français est issu de la loi du 3 janvier 1969, quand le terme "gens du voyage" se substitue au terme "nomade". Aujourd'hui, la catégorie administrative définit des personnes au mode d’habitat mobile et couvrant des réalités différentes : sédentarité, semi-sédentarité et nomadisme, explique Louis de Gouyon Matignon, président de l’association Défense de la culture tsigane sur le site Lepetitjuriste.fr. Un grand nombre de gens du voyage opte aujourd'hui pour la sédentarisation, l'itinérance étant réservée à l'été, explique Le Monde.fr.

Aujourd’hui, la loi oblige certaines communes à disposer d'aires d’accueil pour les gens du voyage. Pourtant, si en théorie toute ville comptant plus de 5 000 habitants doit avoir une aire de stationnement (moins de 50 caravanes) et une aire dite de grand passage (de 50 à 250 caravanes), ce n'est pas toujours le cas dans les faits. A titre d’exemple, dans les Alpes-Maritimes, on ne dénombre que quatre aires de stationnement et aucune de grand passage. 

Quels sont leurs droits?

Se référant à la loi de 1969 déterminant le statut des gens du voyage, le sociologue Bernard Pluchon explique que les gens du voyage sont soumis à un système "particulièrement discriminatoire qui crée des devoirs en plus et des droits en moins".

En 1912, un carnet de circulation avait été imposé à tout Français, sur lequel figurait la description physique. En 1969, la nouvelle loi instaure un livret pour toute personne ayant une résidence mobile depuis plus de six mois et âgée de plus de 16 ans. Le document devait être validé par un visa renouvelé tous les ans dans un commissariat de police ou une gendarmerie. Le principe n’a pas changé jusqu’en octobre 2012, quand le Conseil constitutionnel, questionné sur la constitutionnalité de la loi de 1969, a simplifié la procédure. Désormais, les gens du voyage doivent être munis d’un livret de circulation, qui ne doit être renouvelé que tous les un à cinq ans.

Le Conseil a également a abrogé les trois ans d’attente nécessaire avant de pouvoir s’inscrire sur les listes électorales de la commune de rattachement, au lieu de six mois pour tout autre citoyen français, rapportait Libération.

Pourtant, comme le souligne l’association Fnasat - Gens du voyage, il reste du chemin à parcourir. L’association a regretté, sur son site, que le Conseil ait validé le dispositif qui rattache les gens du voyage à une commune, une disposition rendue obligatoire par la loi de 1969, faute d’adresse des itinérants. De même, le Conseil a validé le quota maximum de 3% de gens du voyage acceptable dans la population d’une commune.

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