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Quand les égouts des villes révèlent l'usage des drogues

Une équipe de chercheurs de l'université Paris Sud a publié une étude sur la présence de traces de drogues dans les eaux usées de 25 villes en France. Résultat : au moment des tests, l'agglomération lilloise présentait un taux record de cocaïne et de cannabis. Le sud de la France se démarquait par une forte présence de "drogues récréatives".
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Radio France
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  (Maxppp)

C'est une photographie inédite; un instantané de la consommation de drogues dans 25 villes de France. Une équipe de chercheurs de l'université de Paris Sud a publié début septembre les conclusions d'une étude basée sur des prélèvements effectués dans des collecteurs d'eaux usées. L'idée ? Trouver des traces de cocaïne, de cannabis, de méthadone ou d'ecstasy.

"La drogue se dégrade dans le corps mais ne disparaît pas totalement quand elle est évacuée ", explique Yves Levi, l'un des auteurs de l'étude. D'après les chercheurs, 17 marqueurs différents permettent ainsi de déterminer la présence de l'une ces drogues. La méthode : à deux reprises l'an dernier, deux litres d'eaux usées provenant de collecteurs gérés par Veolia Environnement ont été prélevés sur 24 heures dans des villes de 10.000, 30.000 et 100.000 habitants. Les traces de drogues sont ensuite extrapolées pour obtenir une moyenne de consommation pour 1000 habitants en semaine et pendant les week-ends. Et les résultats de cet instantané sont plutôt inquiétants.

L'agglomération lilloise affole les compteurs

En se basant sur les deux prélèvements effectués dans un collecteur lillois, les chercheurs estiment que la consommation moyenne de cocaïne s'élève à 1409 mg par jour et pour 1000 habitants, soit quasiment 10 fois plus que la moyenne nationale et un record d'Europe. Les taux de méthadone seraient également plus importants dans le Nord qu'ailleurs en France avec 407 mg/jour/1000 habitants. Enfin, l'agglomération lilloise s'imposerait aussi comme un champion européen de la consommation de cannabis avec un taux 5 fois plus important qu'à... Amsterdam.   

Le sud de la France n'est pas épargné par les problèmes de drogue. Les chercheurs ont trouvé de nombreuses traces de cocaïne dans les agglomérations d'Avignon, de Perpignan ou encore de Montpellier. Mais c'est surtout sur l'ecstasy que la ville héraultaise se démarquerait avec des taux cinq fois supérieurs à la moyenne française. D'après les résultats de l'étude, c'est surtout le week-end que les taux sont plus élevés dans les eaux usées. "On a clairement affaire à une consommation dite 'récréative' lors des fêtes de fin de semaine ", analyse Yves Levi.

D'après ses auteurs, le principal atout de l'étude est d'avoir une photographie actuelle de la consommation de drogues. "Il s'agit surtout de proposer un nouvel outil pour permettre aux acteurs nationaux et locaux de mieux cibler les actions de prévention. Je pense notamment aux maires des villes concernées. Aujourd'hui, il faut plusieurs mois pour avoir une idée de l'état de la consommation dans un secteur donné ", affirme Yves Levi. De fait, le rapport 2013 de l'Observatoire français des drogues et toxicomanie se base sur des données qui datent de 2011.

"Scandaleux" pour Martine Aubry

Mais à Lille, on ne décolère pas contre la présentation des résultats de cette étude. Dans un communiqué publié après la diffusion d'un reportage sur France 3 Nord Pas de Calais, Martine Aubry juge "scandaleux d'affirmer que les Lillois sont devenus les plus gros consommateurs de drogues en Europe ! " De son côté, Nathalie Lancial, relais de l'OFDT dans le Nord pas de Calais, se dit "très surprise" par cette enquête. "Toutes les études que nous avons montrent que la consommation de drogues dans le Nord-Pas-de-Calais est en baisse ", explique la sociologue en référence à l'enquête Trend menée l'an dernier à Lille.   

Comment expliquer cette contradiction ? Pour Martine Aubry, il y a un biais dans l'étude car l'un des prélèvements a été effectué le week-end de la grande braderie de Lille avec "plus de 2 millions de personnes " étrangères. Mais pour Yves Levi, "ça n'explique pas tout car l'autre prélèvement était aussi supérieur à la moyenne nationale ". Quoi qu'il en soit, cette méthode "peut être très utile à l'avenir pour compléter les enquêtes qualitatives ", estime Nathalie Lancial. D'après la sociologue, "beaucoup de consommateurs de drogues échappent aux statistiques et aux enquêtes de terrain ". Le prélèvement des eaux usées permettrait donc d'avoir une meilleure image de ces "consommateurs fantômes ".

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