VIDEO. Qui veut la peau de l'Observatoire des prisons ?

Lui aussi, il a l’oeil. Depuis plus de 20 ans, l’Observatoire international des prisons (OIP) est le principal contre-pouvoir pour scruter les conditions de détention : surpopulation, insalubrité, violences... L’OIP aurait-il fini par agacer l’État ? En tout cas une bonne part des aides publiques qui lui étaient versées se sont subitement évadées.

La sentence est tombée le 4 novembre dernier. Dans un courrier adressé à l’OIP, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) écrit en conclusion : “J’ai le regret de vous confirmer l’irrecevabilité de votre dossier.” Traduction : le ministère de la Ville, dont dépend le CGET, ne subventionne plus l’Observatoire des prisons.

Son aide était l’enveloppe publique la plus importante :  35 000 € l’an dernier. Sur l’ensemble des subventions touchées par l’OIP, c’est la chute libre. En plus des ministères de la Ville et des Outre-mer cette année, six régions avaient déjà stoppé leurs financements. En tout, une baisse 66% en cinq ans.

Des prisons surpeuplées, des subventions en chute libre

“On est en danger de ne plus pouvoir continuer nos actions en 2020 et de ne plus pouvoir payer les salaires de notre petite équipe à la fin de l’année, s'alarme Cécile Marcel, la directrice de l'OIP, section française. C’est un sentiment d’abandon, qui va bien au-delà de notre association, l’abandon de l’ensemble des personnes qui sont touchées par l’incarcération.”

Une situation paradoxale puisque les subventions chutent, alors que la surpopulation reste très forte dans les prisons, occupées à 116% au 1er octobre, selon les chiffres de l'administration pénitentiaire.

L'OIP ce sont des emmerdeurs ! Mais en fait, les emmerdeurs, on en a besoin.

Guillaume Didier, ancien porte-parole du ministère de la Justice

Pourtant l’OIP, qui publie chaque année un guide des droits des détenus, est reconnu par la plupart des acteurs du monde carcéral. Un directeur de service pénitentiaire a publié ce message sur Twitter, avant de le supprimer : “Ils sont souvent très durs avec nous, mais le regard extérieur est salutaire.” Guillaume Didier, ancien porte-parole du ministère de la Justice, écrit lui aussi sur les réseaux sociaux : “Ce sont des emmerdeurs ! Mais en fait, les emmerdeurs, on en a besoin.”

Une compagne de détenu, que nous avons pu rencontrer et qui préfére rester anonyme, soutient elle aussi l'OIP. En début d’année, son conjoint, placé à l’isolement, se dit en mauvaise santé. Il réclame plusieurs fois de passer une IRM. En vain. “Je lui ai dit : “Va écrire à l’OIP", justement parce que, eux, ils vont pouvoir faire des choses pour t’aider depuis l’extérieur”, raconte-t-elle. L’association lui conseillera plusieurs recours juridiques, et comment les activer. “S’il n’y a pas demain d’associations comme l’OIP, on n’aura plus ce relais extérieur, on n’aura plus ces gens qui vraiment sont impliqués au quotidien, s'inquiète-t-elle. Du coup, il va rester qui ?”

Un appel aux dons pour perdurer

Nous avons posé la question à Julien Denormandie, le ministre de la Ville. La lettre annonçant à l’OIP qu’elle perdait sa principale subvention ? Ce sont les services de son ministère qui l’ont rédigée. Officiellement pour lutter contre la stigmatisation des quartiers populaires. “Moi je suis le ministre de Ville, donc le ministre du développement notamment dans les quartiers prioritaires de la Ville, rappelle-t-il. Moi je considère que c’est profondément stigmatisant que ce soit des crédits de la politique de la Ville qui financent un tel organisme.”

L’OIP a besoin de 140 000 € d’ici la fin de l’année pour perdurer. Un appel aux dons a été lancé. L’État pourrait d’ailleurs en profiter pour régler ses dettes : condamné 17 fois depuis 2011, le ministère de la Justice doit plus de 25 000 € de frais de justice à l’OIP.

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