"Refondation" pénale d'Emmanuel Macron : "Le discours n'est pas clair et les budgets ne sont pas là", affirme l'Observatoire international des prisons

Patrick Spinosi, l'avocat de l'Observatoire international des prisons a dénoncé mardi sur franceinfo les contradictions d'Emmanuel Macron qui envisage de créer jusqu'à 15 000 places de prison, tout en souhaitant privilégier les peines alternatives.

La prison de Fresnes (Val-de-Marne) en janvier 2018.
La prison de Fresnes (Val-de-Marne) en janvier 2018. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Emmanuel Macron est attendu mardi 6 mars à l'École nationale de l'administration pénitentiaire à Agen (Lot-et-Garonne). Le chef de l'État doit y présenter les grandes lignes de sa "refondation" des peines de prison. Patrick Spinosi, avocat de l'Observatoire international des prisons, s'est montré sceptique mardi sur franceinfo avant les annonces d'Emmanuel Macron dans la journée.

franceinfo : On sait déjà qu'Emmanuel Macron veut développer les mesures alternatives pour les très courtes peines. C'est devenu urgent ?

Patrick Spinosi : Ce qui est devenu urgent c'est de régler le problème de nos prisons, leur vétusté et la surpopulation. On emprisonne trop et très mal donc il faut que l'on trouve une alternative à cette prison. C'est la réflexion qui est engagée aujourd'hui par le président Macron qui en réalité a un discours relativement contradictoire. D'un côté il propose de développer des mesures alternatives à l'emprisonnement, ce qui est évidemment une bonne chose, mais de l'autre il reprend toujours cette vieille idée de la création de nouvelles places de prison puisqu'il propose de créer 10 à 15 000 places. À un moment ou à un autre il va falloir voir ce qui va être mis sur la table. Pour essayer de solutionner le problème des prisons, il faut des moyens, aussi bien pour aider à la réinsertion des détenus que pour emprisonner mieux au sein des établissements pénitentiaires français. Réfléchissons sur la prison, mais réfléchissons réellement : il faut une réforme d'envergure, réfléchir au sens de la peine, quelle est l'utilité de la prison aujourd'hui.

Le bracelet électronique ou les travaux d'intérêt général sont-ils aussi efficaces et symboliques qu'une peine de prison ?

Oui c'est efficace, en tout cas un certain nombre d'études de criminologie le montrent. L'emprisonnement ne marche pas. Depuis quelques années on en fait l'alpha et l'oméga. On a augmenté en réalité le nombre de personnes en prison, les peines ont été allongées contrairement à une idée générale qui tendrait à penser qu'on a aujourd'hui une politique pénale assez laxiste. On est passé d'environ 8 mois à 12 mois d'emprisonnement moyen. On voit bien qu'aujourd'hui, en France en particulier, au regard de l'état général de nos prisons qui aboutit à un certain nombre de condamnations de la France devant la Cour européenne des Droits de l'Homme, il faut tenter autre chose.

Emmanuel Macron pourrait revenir sur la possibilité d'aménagement de peine pour toute condamnation inférieure ou égale à deux ans. C'est dangereux ?

Bien sûr que c'est dangereux. Là encore une fois il y a du contradictoire. On ne peut pas dire d'un côté qu'on va pousser les mesures alternatives et de l'autre, dire que l'on va réduire cette possibilité pour les juges de prononcer ces mesures alternatives à la liberté. Il va falloir faire des choix qui vont être philosophiques et aussi budgétaires. Et c'est à l'aune de ces choix que la politique carcérale d'Emmanuel Macron pourra être jugée. Pour le moment, le discours n'est pas clair et les budgets ne sont pas là.