"Nous n'avons pas besoin d'une justice œil pour œil" : condamné puis libéré, il témoigne dans un lycée contre la peine de mort

À l'occasion de la 17e journée mondiale contre la peine de mort, les élèves d'un lycée de Créteil ont échangé avec le Kényan Peter Ouko, condamné à la peine capitale dans son pays puis finalement libéré après 18 ans dans le couloir de la mort.

Peter Ouko, ancien condamné à mort kényan, a rencontré les lycéens de \"L\'Ensemble Sainte-Marie\", mercredi 9 octobre, à Créteil.
Peter Ouko, ancien condamné à mort kényan, a rencontré les lycéens de "L'Ensemble Sainte-Marie", mercredi 9 octobre, à Créteil. (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

Il a passé 18 ans dans les couloirs de la mort avant d'être libéré : Peter Ouko, ancien condamné à mort kényan, est venu sensibiliser les élèves de L'Ensemble Sainte-Marie, un lycée général et technologique de Créteil situé dans le Val-de-Marne, sur le sujet. Lors de cette rencontre, organisée par l'association Ensemble contre la peine de mort, l'ancien détenu a pu témoigner de son calvaire en prison, sans toutefois convaincre tous les jeunes présents.

Condamné à mort, Peter Ouko a passé 18 ans en prison

"Qui est contre la peine de mort ? Qui est pour ?" À la veille de la 17e journée internationale contre la peine de mort, dans la salle, les lycéens sont partagés. Sandrine Ageorges-Skinner, administratice de l'association, est l'épouse de Hank Skinner, condamné à mort depuis 24 ans pour un triple meurtre au Texas et qui clame son innocence. Elle demande aux lycéens favorables à la peine de mort de développer leurs arguments.

"Pour moi, c'est pire de vivre toute sa vie en prison plutôt que d'être exécuté tout de suite", déclare un jeune. "Alors, 'tout de suite', cela varie vraiment en fonction des pays", souligne Sandrine Ageorges-Skinner. "Je pense qu'une sanction sévère engendrera un meilleur respect des droits humains", enchaîne un autre élève.

Les pays qui exécutent le plus ont un taux de criminalité très élevé. Alors que les pays qui ont aboli la peine de mort ont un taux de criminalité plutôt en baisse.Sandrine Ageorges-Skinnerà franceinfo

Après l'échange, Peter Ouko prend la parole. Condamné à mort au Kenya pour le meurtre de sa femme qu'il nie avoir commis, il passera 18 ans en prison avant d'être libéré. "Ma cellule ne faisait que quelques mètres carrés, explique-t-il à la salle. Nous étions enfermés 23h30 par jour. Je vous parle d'une justice qui peut vous séparer de vos enfants de trois et cinq ans. D'une justice qui vous a pris 18 ans de votre vie."

Comment vous réagiriez si quelqu'un est executé et que trois mois plus tard, on découvre qu'il était innocent ?Peter Oukosur franceinfo

"Je crois aussi qu'il faut donner une seconde chance, estime-t-il. Il faut que les gens soient punis quand ils font des erreurs mais nous n'avons pas besoin d'une justice œil pour œil." Aujourd'hui diplômé en droit, il consacre sa vie à l'abolition de la peine de mort."Vous pouvez être en sécurité en France parce qu'il n'y a pas de peine de mort, poursuit Peter Ouko. Mais si vous êtes arrêtés dans un autre pays, vous risquez la peine de mort. Les jeunes doivent se battre pour l'abolition mais aussi pour le climat, pour tout ce qui a du sens."

Le fil ténu entre la justice à la vengeance

Le témoignage Peter Ouko n'a cependant pas convaincu tous les lycéens. "Moi je dis qu'il faut tuer quand la personne a fait un crime inimaginable et impardonnable, défend ainsi cet élève. Comme le terrorisme. Si on prend l'exemple de Salah Abdeslam, il a été juste emprisonné..." Ces propos n'étonnent pas Sandrine Ageorges-Skinner : "On est quand même sur un fil très ténu, entre la justice et la vengance, explique l'administratrice de l'association. Ce qui prouve que l'éducation, même en France, pays abolitionniste depuis 38 ans, est nécessaire." Aujourd'hui, 34 pays appliquent toujours la peine de mort dans le monde.

Condamné puis libéré, il témoigne dans un lycée contre la peine de mort - Le reportage Farida Nouar
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