INFO FRANCEINFO. Suicides de détenus : le gouvernement confie une mission aux inspections des affaires sociales et de la justice

Pour évaluer les dispositifs de prévention du suicide en prison, Éric Dupond-Moretti et Olivier Véran confient vendredi une mission à l'Inspection générale des affaires sociales et à celle de la justice. 77 personnes se sont suicidées en prison entre le 1er janvier et le 17 août 2020.

L\'intérieur de la prison des Baumettes à Marseille (Bouches-du-Rhône).
L'intérieur de la prison des Baumettes à Marseille (Bouches-du-Rhône). (ARNAUD JOURNOIS / MAXPPP)

Le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti et celui de la Santé Olivier Véran confient vendredi 21 août une mission à l'Inspection générale des affaires sociales et à l'Inspection générale de la justice sur les suicides de détenus en prison, a appris le service police-justice de franceinfo.  

Entre le 1er janvier et le 17 août 2020, 77 personnes se sont suicidées en prison, c'est 17 de plus que l'année dernière sur la même période. La mission devra déterminer s'il y a eu des manquements concernant la prise en charge des détenus qui se sont suicidés, et plus globalement devra évaluer les politiques de prévention du suicide. Le rapport et ses préconisations devront être remis d'ici le 1er décembre.  

Le père d'un détenu reçu au ministère

Vendredi, le ministre de la Justice doit d'ailleurs recevoir le père d'un détenu de 51 ans qui s'est suicidé le 2 août à la prison des Baumettes à Marseille. Ce détenu s'appelait Luc Viviani. Son histoire résume à elle seule la difficulté de prévenir le risque suicidaire en prison, et en particulier lors d'une première incarcération. Dans le cas de cet ancien professeur de maths, il y a pourtant eu plus d'un signal d'alerte. Devant le tribunal, où il était jugé pour une affaire de pneus crevés, son avocate avait évoqué le risque suicidaire, parlé de sa dépression chronique, demandé sa remise en liberté... "Le tribunal n'admet pas le chantage au suicide", avait alors rétorqué la présidente. 

Luc Viviani était allé aux Baumettes, où son état avait empiré, il s'était scarifié. Les surveillants avaient prévenu le médecin, mais il n'avait pas été transféré en unité hospitalière. Malgré les rondes nocturnes toutes les heures, Luc Viviani a mis fin à ses jours. Pour François Bès, de l'Observatoire international des prisons, cette histoire démontre l'importance du soin, trop souvent absent en détention. "Une fois que les personnes sont passées dans un stade de tendances suicidaires ou de crises suicidaires, il faut faire en sorte qu'elles aient accès à des soignants, des psychologues ou des écoutants professionnels, explique-t-il. Et là on est dans une situation très connue : c'est le gros déficit en soignants dans les établissements pénitentiaires."