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"Ce n'est pas raisonné ni raisonnable" : le syndicat majoritaire de l'administration pénitentiaire s'oppose aux téléphones "bridés" en prison

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Jean-François Forget, de l’Ufap-Unsa justice, syndicat majoritaire de l'administration pénitentiaire, est contre l'utilisation de téléphones "bridés" en prison, proposés par Adeline Hazan, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. 

La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, s'est dite favorable jeudi 17 août sur France Inter à l'utilisation de téléphones portables "bridés" par les détenus en prison. "C'est un toc chez Madame Hazan", a réagi Jean-François Forget, secrétaire général de l’Ufap-Unsa justice, jeudi sur franceinfo. Le dirigeant de ce syndicat majoritaire de l'administration pénitentiaire a expliqué qu'"avec un téléphone portable, vous organisez une évasion. Vous orchestrez un certain nombre de choses qui mettent en fragilité le système carcéral".

franceinfo : Que pensez-vous de cette proposition ?

Jean-François Forget : Chaque année, c'est un toc chez Madame Hazan. On y a droit une nouvelle fois cette année. On se demande si elle est Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ou si elle fait du lobbying pour l'Observatoire international des prisons, ou je ne sais quelle association de détenus. On parle de sécurité. Nous, cela fait des années qu'on propose de mettre les téléphones filaires dans les cellules pour que les détenus puissent échanger avec certaines personnes, notamment leur famille. De cette manière, ils seront en totale confidentialité et sur écoute permanente des personnels. Ce qui n'est pas le cas de ce que propose Madame Hazan. D'autant plus que le procédé est, aujourd'hui, testé dans deux pays européens. Ce n'est pas fiable selon les retours que nous avons. Il est question de la sécurité des établissements, des personnels et des détenus que l'on garde, mais aussi la sécurité des victimes, sans parler de la continuité de la tenue des trafics qui se perpétuent en prison. Sous prétexte que l'on dit qu'il y avait 30 000 portables dans nos murs : Est-ce qu'on devrait rendre ce phénomène légitime et légal ?

Les portables sont pourtant présents. Pourquoi ne pas les légaliser ?

Il y a quatre millions de Français qui consomment de la drogue. Pour autant, on ne la légalise pas. On parle de sécurité pour les personnels, mais avec un téléphone portable, vous organisez une évasion, vous orchestrez un certain nombre de choses qui mettent en fragilité le système carcéral. Quand j'entends dire que malgré les brouilleurs, les détenus continuent à poster des vidéos. Dans neuf prisons sur dix, il n'y a pas de brouilleurs. Et dans les quelques prisons où il y a des brouilleurs, ils sont mis à certains endroits et ils ne sont pas sur l'ensemble de l'établissement. Nous, on réclame qu'il y en ait partout de façon à ce que ça ne passe pas. Quand j'entends Madame Hazan évoquer le coût de la téléphonie payante pour les détenus, comme c'est le cas d'ailleurs pour n'importe quel concitoyen, mais à des tarifs exorbitants en prison, on le dénonce aussi. C'est mis entre les mains de prestataires privés qui font du business. Il faut réguler, organiser, sécuriser et permettre aux détenus d'appeler de leur cellule à travers les téléphones filaires un certain nombre de personnes décidées par le juge d'application de peines.

La question des téléphones filaires est expérimentée dans la Meuse notamment, où cela s'applique uniquement à des détenus qui sont seuls dans leur cellule. Est-ce le cas dans toutes les prisons ?

Que Mme Hazan commence par le début puisqu'elle devrait déjà dénoncer la surpopulation carcérale. À un moment donné, nos concitoyens demandent que la prison soit punitive, qu'elle soit aussi sécuritaire, qu'elle permette de réinsérer la population carcérale. La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté devrait s'attaquer à tous ces sujets prioritaires, ce qu'elle ne fait pas. Aujourd'hui, ce n'est pas raisonné ni raisonnable de mettre en place un dispositif qui ne dispose d'aucune sécurité en terme de contrôle et d'organisation, de gestion de la communication. Pourquoi ne met-on pas en place, dans les nouveaux établissements que l'on crée, des téléphones filaires dans les cellules avec un contrôle obligatoire qui sera opéré par des fonctionnaires de l'administration pénitentiaire et qui pourra rendre un minima de sécurité ? Je rappelle quand même que c'est notre mission fondamentale à l'égard de la société.

"Nous, cela fait des années qu'on propose de mettre les téléphones filaires dans les cellules", Jean-François Forget
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