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"Ça casse la solitude" : dans l'Aveyron, l'art vient à la rencontre des personnes âgées

Franceinfo a assisté à la rencontre entre un comédien et une octogénaire : c'est l’expérimentation menée depuis quelques mois par une structure culturelle locale, "Derrière le hublot".
Article rédigé par Anne Chépeau
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Claudine et Thomas Bouyou, au moment d'exécuter quelques pas de danse, à Gelles (Aveyron). (ANNE CHÉPEAU / RADIOFRANCE)

"Je fais du théâtre, je ne sais pas si vous connaissez un peu le théâtre ?" Cet après-midi-là, Thomas Bouyou, comédien, rend visite à Claudine, 81 ans, à Gelles, un petit village de l’Aveyron. À ses côtés, Anne, son auxiliaire de vie sociale : c'est elle qui lui a proposé d’expérimenter le "service d’art à domicile", un projet réalisé en collaboration avec l’association d’aide à domicile en milieu rural et une structure culturelle, "Derrière le hublot".

"On va se regarder et puis après, on essaie de danser"

La rencontre se fait tout en douceur : Thomas parle de son métier, Claudine de sa vie, de ses enfants. Entre eux, s’engage une conversation très ouverte. "Je n'arrive pas avec un programme dans ma tête. La priorité, c'est d'abord une rencontre entre nous et qu'il y ait une aisance entre nous. Et qu'on soit d'accord au bout d'un moment, de faire quelque chose tous les deux", explique le comédien. 

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Thomas découvre alors que la sœur de Claudine a écrit un livre sur leur enfance : il en lit un extrait, puis invite l’octogénaire à mettre des gestes sur les mots. Sur une musique douce, il glisse : "Je vais m'asseoir devant vous, on va se regarder et puis après, on essaie de danser. Ok ?"

Cette rencontre entre le comédien et l'octogénaire s'est faite dans le cadre d'une ’expérimentation menée depuis quelques mois. (ANNE CHÉPEAU / RADIOFRANCE)

Assis face à face, Thomas et Claudine inventent alors une chorégraphie, avant d’improviser quelques pas de danse. Un moment très particulier pour l’octogénaire, qui confie avoir pourtant dansé récemment, lors d’un mariage. "Ce n'était pas la même danse. Là, c'est spécial", sourit-elle. 

"Ça casse la solitude. C'est une découverte et ça me plaît !"

Claudine

à franceinfo

"Ça soulage notre quotidien"

Pour Anne, l’assistante de vie sociale, l’intervention de Thomas apporte beaucoup. "J'ai trouvé ça fort : ce moment, ces échanges de regards... Ça me fait plaisir de la voir sourire, de la voir rire. Ça soulage aussi notre quotidien à toutes les deux, quand on est ensemble. Ça allège le moment qu'on peut partager avec les personnes", glisse-t-elle, émue.

Avant de partir, Thomas offre des chocolats à Claudine et lui propose de prendre quelques photos pour garder une trace de cette rencontre, à laquelle il est difficile de mettre fin, même pour le comédien : "Le moment de dire au revoir est très difficile puisque justement, comme Claudine l'a dit, on vient rompre une solitude et donc ce n'est pas évident de rompre, à ce moment-là non plus."

Après plusieurs mois d’expérimentation menée avec le concours d’un sociologue et d’une anthropologue de la santé, le service d’art à domicile dans l'Aveyron et le Lot devrait être pérennisé à la rentrée. Une soixantaine de personnes âgées pourraient en bénéficier.

Le reportage d'Anne Chépeau

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