Pornographie : "Est-on bien obligé de donner un smartphone à un enfant qui entre en sixième ?", demande la directrice de l’association e-Enfance

Justine Atlan, directrice de l'association e-Enfance, demande aux parents d'être plus vigilants à l'utilisation que leurs enfants ont de leurs téléphones.

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Radio France
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Image d'illustration d'un téléphone sur le bureau d'un écolier, en 2021. (LP/OLIVIER ARANDEL / MAXPPP)

"Cela fait quasiment une génération d'enfants qui a été exposée à des contenus pornographiques sans aucune prise de conscience des adultes", déclare ce mercredi 28 septembre sur franceinfo Justine Atlan, directrice de l’association e-Enfance, après la publication d'un rapport du Sénat appelant à mieux encadrer la pornographie sur internet. La directrice de l'association appelle la justice à "sanctionner les sites pornographiques" ne respectant pas la loi. "Est-on bien obligé de donner un smartphone à un enfant entrant en sixième ?", demande-t-elle également.

franceinfo : Est-ce que c'est une bonne chose pour vous que ces parlementaires se saisissent de ce sujet ?

Justine Atlan, directrice de l’association e-Enfance : Absolument. Je dirais qu'on a l'impression qu'il est découvert aujourd'hui alors que ça fait quand même quasiment une vingtaine d'années que la pornographie est largement développée sur Internet aujourd'hui. En l'occurrence, les mineurs y sont exposés. Cela fait donc quasiment une génération d'enfants et d'adolescents qui a été exposée à des contenus pornographiques sans aucune prise de conscience des adultes. C'est très récent que les adultes, quels qu'ils soient, réalisent à quel point leurs enfants sont aussi banalement, massivement et facilement exposés à des contenus pornographiques, alors qu'évidemment, je rappelle que c'est totalement illégal.

Faut-il faire une vaste campagne de sensibilisation des parents ?

Bien sûr qu'il faut la faire parce qu'on a un vrai sujet de société, qu'il y a effectivement un décalage générationnel énorme entre la génération qui est née avec le numérique et des parents qui ne le connaissent pas en tant que jeunes, qui n'ont pas eu cette activité-là à leur adolescence. Ces parents sont incapables, et c'est normal, de se représenter ce que c'est aujourd'hui que d'avoir 12 ans ou 13 ans avec ces outils numériques. Et puis, et c'est encore une fois normal, on pense toujours que notre enfant est différent des autres et que lui ne sera pas exposé un certain nombre de risques et qu'il saura les contourner. Cela fait qu'on ne leur en parle pas et ne pas parler de ces sujets-là à ses enfants, c'est la pire des choses. Protéger ses enfants, c'est informer et communiquer. Il y a aussi le sujet de l'école et cela remet en cause les missions qu'on va donner à l'éducation nationale. Est-ce qu'elle est là uniquement pour transmettre du savoir à des cerveaux ? Est-ce qu'elle est là pour éduquer des enfants et des adolescents qui se construisent et qui ont besoin d'être armés pour leur vie d'adulte ? Dans la vie d'adulte, il y a la vie affective et sexuelle.

Il y a 23 recommandations dans ce rapport du Sénat. Plusieurs ne pourraient-elles par être résumées simplement par "appliquer la loi" ?

Absolument. C'est d'ailleurs l'un des titres d'une recommandation qui peut paraître complètement aberrant. Et pourtant, il y a une loi qui a été renforcée il y a deux ans qui stipule qu'il ne suffit plus de demander à un internaute s'il a 18 ans ou pas pour accéder à un site pornographique, mais qu'il faut donner un moyen de vérifier qu'il a bien 18 ans. C'est une obligation faite à tous les sites pornographiques. Or, voilà, ça fait deux ans que cette loi ne s'applique pas. Il y a plusieurs procédures judiciaires en cours et je dois dire qu'on est un peu désarmé de voir que la justice elle-même manque relativement de courage pour sanctionner les sites pornographiques.

Que pensez-vous de cette préconisation d'activer par défaut le contrôle parental sur les smartphones lorsqu'un abonnement téléphonique est souscrit pour l'usage d'un mineur ?

C'est une idée très ancienne. Ça fait quinze ou vingt ans qu'on le demande mais ce n'est pas du tout mis en place. L'installer par défaut, effectivement, lorsqu'un abonnement est pris pour un mineur, ça serait la moindre des choses. Cependant, il faut voir aussi qu'il y a beaucoup d'abonnements qui sont pris par les parents qui vont prendre un abonnement classique ou bien vont donner leur ancien téléphone à leurs enfants. Au-delà de ça, il y a une question plus importante à se poser : est-on bien obligé de donner un smartphone à un enfant entrant en sixième ? Aujourd'hui, on est un peu coincé par des propositions des fabricants qui nous mettent face à un smartphone ou rien. On pourrait peut-être réhabiliter les téléphones simples. Beaucoup de parents veulent donner un smartphone à leurs enfants juste pour qu'ils téléphonent, pas forcément pour qu'ils aient accès à Internet. Il y a peut-être aussi un champ à creuser, de pouvoir proposer aux jeunes un téléphone avec appels et SMS sans forcément avoir un accès à internet.

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