Pornographie : l'industrie française du X travaille à une charte déontologique

Une cinquantaine de professionnels du porno vont être interrogés sur le consentement lors des tournages, la santé des acteurs et la diffusion des images car ces questions sont encore taboues en France.

Article rédigé par
Bastien Munch - franceinfo
Radio France
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Temps de lecture : 3 min.
Une grande surface réservée à l'érotisme ouverte par Marc Dorcel à Nantes (photo d'illustration). (BERTRAND BECHARD / MAXPPP)

L'industrie de la pornographie va-t-elle enfin connaître son #Metoo ? Début septembre, une enquête pour "viols" et "proxénétisme" a été ouverte à l'encontre du site de vidéos pour adultes Jacquie et Michel, qui a par la suite annoncé mettre en place sa propre charte éthique. Un autre mastodonte du secteur, Dorcel, travaille également à la mise en place d’une "charte déontologique" pour toutes la production X française.  

Des actes imposés sur les tournages, mais pas prévus dans les contrats, des humiliations répétées… C'est à ce genre de sévices que veut s'attaquer la réalisatrice de films X Liza Del Sierra qui a été missionnée par Dorcel pour réfléchir à cette charte. "On est un milieu assez petit où on se connaît bien et il y a cette espèce de limite un peu floue entre l’amitié et le professionnel, explique-t-elle. Là j’appelle une actrice pour tourner avec elle, je vais lui dire : ’Par contre la veille tu dors chez moi, ça ne me pose pas de soucis’. Mais en soi, est-ce que c’est normal quand on va au boulot de dormir la veille chez sa patronne ?", interroge l’ancienne actrice de films X. 

Pas de syndicats, pas d’agents, pas d’associatif

L'industrie pornographique en France manque toujours de garde-fous. "On est un pays un petit peu à la ramasse par rapport à d’autres. On n’a pas de syndicats, on n’a pas d’agents, on n’a pas d’associatif, on n’est pas capables de se fédérer. Et finalement, on s’est peut-être un tout petit peu perdus", admet Liza Del Sierra. L'objectif avec cette charte, c'est donc d'être considérés comme une industrie cinématographique à part entière. L'avocat Matthieu Cordelier travaille aussi à son élaboration : "Tout le monde a un rôle à jouer. Dans le cinéma traditionnel, il y a une méthodologie pour respecter l’intimité de l’actrice. Toute l’équipe de cinéma n’est pas là en train de la reluquer et de faire des photos de ses fesses avec son iPhone. C’est exactement la même chose".

Il n’y a pas de raisons de distinguer le X du cinéma traditionnel." 

Matthieu Cordelier, avocat

à franceinfo

"Pour moi, ça arrive vraiment tard et peut-être trop tard", réagit Carmina, productrice indépendante et rédactrice en chef du magazine de culture pornographique Le Tag Parfait."On est en 2020 et on commence seulement à se poser des questions sur les éventuels problèmes qu’il pourrait y avoir alors que ça fait des années qu’on entend des rumeurs, qu’on sait qu’il y a des choses qui ne vont pas et qu’il y a des personnes qui abusent. Malheureusement, j’ai l’impression que c’est un peu en réaction aux accusations et j'ai peur que ça paraisse un peu une position de défense."

Une fois la charte déontologique rédigée, elle sera soumise aux autres acteurs du secteur. De l'incitation, mais pas d'obligation, explique Carmina, ce qui devrait quand même marcher, selon elle : "L’avantage que ce soit donc de gros acteurs qui mettent en place des chartes comme ça c’est qu’ils sont un passage un peu incontournable".

En tant que diffuseur de films, je me dis qu’au moins les personnes qui ont vraiment besoin de Dorcel pour survivre vont être obligées d’appliquer cette charte et c’est déjà un grand pas.

Carmina, productrice indépendante 

à franceinfo

La charte déontologique rédigée devrait être proposée aux professionnels du secteur au premier trimestre 2021. Une éthique que beaucoup de petites sociétés de productions indépendantes appliquent déjà depuis de nombreuses années. En revanche, les plateformes basées à l'étranger, qui représentent l'essentiel du marché, ne seront pas concernées.

Une charte déontologique pour le cinéma porno : écoutez le reportage de Bastien Munch
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