Petit déjeuner gratuit à l'école : "Il faut rendre" cette mesure "obligatoire"

Jean-Luc Ginder, économiste, à l’initiative d’un Appel au petit déjeuner gratuit pour tous les enfants scolarisés, lance sur franceinfo mardi un appel aux maires pour qu’ils consacrent une part de leur budget à cette cause.

L\'Etat va financer les petits-déjeuners gratuits à l\'école à hauteur de 6 millions d\'euros en 2019.
L'Etat va financer les petits-déjeuners gratuits à l'école à hauteur de 6 millions d'euros en 2019. (MAXPPP)

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, présente et détaille officiellement mardi 23 avril le dispositif des petits déjeuners gratuits à l'école, pour les enfants des quartiers défavorisés. Une mesure sur la base du volontariat. Jean-Luc Ginder, économiste, à l’initiative d’un Appel au petit déjeuner gratuit pour tous les enfants scolarisés, a estimé, mardi matin sur franceinfo, qu'il fallait rendre cette mesure "obligatoire" car, selon lui, le petit déjeuner "est un élément d'intégration dans la société". Il lance un appel aux maires pour qu’ils consacrent une part de leur budget à cette cause.

franceinfo : L'an dernier, en septembre, vous avez lancé un appel à Emmanuel Macron. Il vous a en partie entendu. Que la mesure ne soit pas obligatoire, vous pose problème ?

Jean-Luc Ginder : Il faut souligner qu'en France, 157 000 enfants naissent pauvres et 2 800 000 le deviennent dans les dix ans à venir. Cela dit tout de l'état de notre société. Quand on parle de la pauvreté des enfants, ce sont les critères internationaux, ce sont des enfants qui vivent avec 2 à 5 euros par jour pour s'alimenter. Lorsqu'on est tout petit, on ne sait pas, on est innocent de tout. Vous ne pouvez pas laisser un quart des écoliers de petite section ou de section de premier degré sans petit déjeuner le matin parce qu'à partir de ce moment-là, vous les laissez dans la pauvreté. Il faut le rendre obligatoire. Un enfant sur cinq dans ce pays a besoin de six générations, c'est-à-dire 180 ans, pour sortir de la pauvreté, c'est-à-dire pour arriver à un niveau de 1 400 euros par mois.

Est-ce que cela ne déresponsabilise pas les parents, s'ils savent que de toute façon il y aura de la nourriture à l'école ?

Je crois dans le bien-fondé et l'engagement des enseignants de ce pays à vouloir le mieux pour les enfants dont ils ont la responsabilité. Je leur mets en mémoire la Convention des droits de l'enfant signée à l'ONU. L'article 18 dit : les États accordent une aide appropriée aux parents pour élever leurs enfants. Croyez-vous qu'un enfant de 5 ans, de 6 ans ou même de 8 ans ait décidé de ne pas prendre de petit déjeuner ? Croyez-vous que cet enfant n'est pas dans son milieu social d'origine déjà confronté à d'autres urgences ? Le fait d'arriver sans petit déjeuner à l'école, de ne pas avoir eu cette chance de se remplir l'estomac, le met déjà en situation de quasi-échec par rapport à ce besoin d'enregistrer des informations qui vont le sortir de la pauvreté. Et croyez-vous aussi que dans ce pays, liberté égalité fraternité, le fait d'échanger un petit déjeuner ne socialise pas vos enfants, ne socialise pas ces enfants ? N'oubliez pas que ces enfants de petit âge à ce jour auront 18 ans dans quelques années. Et que diront-ils à la France ? La laisseront-ils tomber ? Partiront-ils à l'étranger ? Ils auront eu l'impression d'avoir perdu leur temps ici.

Vous appelez à une prise de conscience de maires ?

Le petit déjeuner n'est pas juste un élément d'alimentation, c'est un élément d'intégration dans la société et c'est pour ça qu'il faut lancer un appel. Mesdames et messieurs les maires, prenez ce qu'il reste du budget dans vos budgets communaux même s'il n'en reste pas grand-chose. Destinez-les à des choses qui sont fondamentales urgentes et nécessaires de suite, donnez de l'argent là où il doit être mis et s'il y a un lieu où il doit être mis, c'est bien dans les petits déjeuners dans ce pays.