Votera ou votera pas pour engager la fermeture de Fessenheim ?

Le conseil d'administration d'EDF doit se prononcer ce mardi sur le processus d'indemnisation par l'Etat en cas de fermeture de la centrale nucléaire en 2020.

Lors du débat de l’entre-deux tours en 2012, le candidat françois Hollande justifie donc ce choix de fermer Fessenheim parce que c’est la plus vieille encore en activité
Lors du débat de l’entre-deux tours en 2012, le candidat françois Hollande justifie donc ce choix de fermer Fessenheim parce que c’est la plus vieille encore en activité (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Si le conseil d'administration ne valide pas ce processus aujourd'hui, la promesse N°41 du candidat François Hollande en 2012 ne sera pas respectée. Le conseil d'administration d'EDF doit se prononcer aujourd'hui sur le processus d'indemnisation par l'Etat en cas de fermeture de la centrale nucléaire en 2020.

Un an après Fukushima

Lorsque François Hollande fait cette promesse, nous sommes un an après la catastrophe de Fukushima qui a ébranlé un certain nombre de convictions des experts de l'atome et qui montre au grand public que quand tout un site est touché par un problème d'alimentation en eau et en électricité, il est très difficile d'éviter l'explosion nucléaire.


Lors du débat de l’entre-deux tours en 2012, le candidat François Hollande justifie donc ce choix de fermer Fessenheim parce que c’est la plus vieille encore en activité, elle date de 1977, parce qu’elle est située sur une zone sismique et en contrebas du canal d’Alsace et donc en cas de rupture de la digue la centrale serait inondée.

En cas de fuite, la plus grande nappe phréatique d'Europe polluée


Des risques dénoncés par les opposants historiques de la centrale depuis longtemps qui lui reprochent aussi sa vétusté et ses incidents fréquents. Pourtant l’Autorité de sureté nucléaire va prolonger la durée de vie des deux réacteurs de la centrale en échange d’importants travaux. Ce qu’EDF a fait. Le problème majeur reste qu’en cas de fuite du cœur nucléaire, il percerait le plancher de la centrale et contaminerait la plus grande nappe phréatique d’Europe située sous la centrale.

De plus aujourd'hui s'ajoute le problème d'un générateur de vapeur mal conçu selon les experts. L'Autorité de sûreté a donc demandé l'arrêt de ce réacteur pour des contrôles depuis cet été... et il ne devrait pas redémarrer avant le printemps prochain. Si l'Autorité de sureté donne son aval.

Une fermeture davantage politique que technique


La fermeture de Fessenheim semble plus politique que technique : malgré certains critiques sur le niveau de risque dans cette plaine d'Alsace (faille sismique, risque de submersion...) pour les salariés de la centrale, elle produit toujours bien et a l'aval de l'Autorité de sûreté. La centrale fait les frais de décision politique et même Greenpeace comme d'autres associations le reconnaissent. Pour Yannick Rousselet, responsable de la campagne nucléaire à l'ONG ce n'est pas une raison pour ne pas la fermer.

Elle, comme d'autres : "On ne peut pas ne fermer que deux réacteurs à Fessenheim. Ce que Greenpeace veut faire, c'est attirer l'attention sur le site que nous avons cinq points noirs sur notre territoire, qui présentent des failles de sécurité importantes. Par rapport aux risques d'inondations, à celui du vieillissement ou du risque sismique. La question peut donc se poser : si l'on admet que Fessenheim pose problème, les autres, qui présentent des risques équivalents, doivent elles aussi être fermées."

La centrale de Fessenheim est devenue un symbole


En 2013, Greenpeace avait mené une action à la centrale alsacienne : les militants avaient projeté un message ou il était écrit : "Pourquoi seulement moi ?" Avec une liste d'autres réacteurs à fermer selon eux Blayais, Gravelines, Tricastin et Bugey. Fessenheim apparait donc surtout comme un symbole, la première centrale à fermer pour faire baisser la part du nucléaire en France.

Aujourd'hui, beaucoup de candidats à l'élection présidentielle relancent le débat. Il y a ceux qui sont à peu près clairs sur son sort : s'ils sont présidents, ils fermeront Fessenheim. Parmi eux, Yannick Jadot, Benoit Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon.

Valls fermera Fessenheim si la procédure est engagée

D'autres sont plus flous : Manuel Valls fermera Fessenheim si la procédure est engagée. Marine Le Pen défend le nucléaire, mais promet aussi un nouveau plan de transition énergétique. Quant à François Fillon, il est absolument opposé à la fermeture des centrales sauf si l'Autorité de sûreté nucléaire l'exige.

Certains pensent s'appuyer sur l'Autorité de sûreté pour savoir quels réacteurs il faut fermer. Et là, Pierre-Franck Chevet, le patron de l'ASN rappelle que ce n'est pas son rôle : "Je peux fermer un réacteur à tout moment si la sûreté l'exige. A l'inverse, je ne suis pas chargé de me substituer à la politique énergétique que dois porter et définir le gouvernement. Si lui a d'autres raisons de vouloir fermer, il les met en oeuvre."

Le gouvernement n'a pas fait de démarche auprès de l'ASN


Fermer des centrales nucléaires c'est donc aussi un choix politique. Comme arrêter le charbon, en somme. Entre l'arrêt d'un réacteur et le démantèlement d'une centrale, il faut du temps : pour l'instant sur Fessenheim le gouvernement n'a qu'engagé la discussion avec les syndicats mais n'a pas fait de démarche technique auprès de l'Autorité de sureté nucléaire pour notifier par décret l'arrêt de la centrale et la planification de son démantèlement. Fessenheim apparait donc surtout toujours comme le symbole de la première centrale à fermer pour convaincre que l'on peut réduire notre dépendance au nucléaire en France.