Sécheresse : les centrales nucléaires à l'épreuve du réchauffement climatique

La succession des vagues de chaleur et la sécheresse affectent le fonctionnement de certaines centrales nucléaires françaises. Cinq centrales nucléaires françaises ont obtenu une dérogation pour poursuivre le rejet de leurs eaux de refroidissement.

Article rédigé par
Grégoire Lecalot, édité par Valentin Moylen - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
La centrale nucléaire du Bugey (Ain) a obtenue une dérogation pour rejeter les eaux de refroidissement dans le Rhône, le 6 août 2022. (NICOLAS LIPONNE / HANS LUCAS)

Avec la canicule, les centrales nucléaires, elles aussi, doivent s’adapter. Le thermomètre s'emballe un peu partout en France avec des températures qui atteignent régulièrement les 40°C, et les cours d'eau sont de plus en plus basCinq centrales nucléaires bénéficient depuis le 6 août dernier de dérogations environnementales jusqu'au 11 septembre concernant les températures de rejet d'eau à cause des fortes chaleurs, malgré des impacts négatifs possibles pour l'environnement. 

Risque sur la biodiversité 

Le principe de fonctionnement d'un réacteur nucléaire est de produire de l'électricité à partir de la chaleur dégagée par la réaction en chaîne qui a lieu dans son cœur. Ces installations nucléaires doivent donc être refroidies en permanence pour pouvoir fonctionner en toute sécurité. Ce qui explique leur construction en bord de mer ou aux abords de fleuves ou de rivières. Elles y puisent d'importantes quantités d'eau nécessaires à leur circuit de refroidissement et certains réacteurs, tout dépend du modèle, la rejettent ensuite dans le cours d'eau à proximité. Or, l'eau rejetée est soumise à des contraintes environnementales et ne doit pas dépasser un seuil de température afin de protéger la faune et la flore aquatique. 

Depuis la canicule de l'été 2003, chaque centrale concernée doit respecter des normes de rejet définies par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Pour y parvenir, les centrales diminuent leur puissance afin de rejeter moins d'eau. Mais, la production d'électricité étant historiquement basse en Europe et en France, le gestionnaire du réseau électrique, RTE, a demandé le maintien de la production. Des dérogations aux normes de rejets ont ainsi été accordées à cinq réacteurs en fonctionnement : au Bugey (Ain), au Blayais (Gironde), à Saint-Alban (Isère), au Tricastin (Drôme) et à Golfech (Tarn-et-Garonne).

"La dérogation permet donc de rejeter un peu plus d'eau chaude que ce qui est prévu"

Jacques Percebois, directeur du Centre de rechercher en économie et droit de l'énergie.

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Jusqu’à présent, cette dérogation n’avait été utilisée qu’une seule fois en 2018. C'était à Golfech, où la température des eaux rejetées dépassait la norme. Cela avait avait duré trois jours. 

"Privilégier le bord de mer" pour les futures centrales

Mais avec ces épisodes de chaleur qui se multiplient, ne risque-t-on pas d'arriver à un système de dérogation permanente ? Pour le chercheur, "il faudra accepter des normes légèrement différentes dans le futur". Mais le point central selon lui est de trouver des sites "mieux adaptés" pour le nouveau programme nucléaire français. Sur les 56 réacteurs français, 30 ont un système avec des "tours aéroréfrigérante ", qui permettent de refroidir la centrale et d'évacuer la vapeur par la vapeur d'eau. "Ce système a l'avantage de pomper beaucoup moins d'eau, mais en restitue moins puisqu'une partie part dans l'atmosphère", explique Jacques Percebois. L'autre système est un système dit "ouvert", de refroidissement par rivière ou en bord de mer où "une centrale de 900 Mégawatt a besoin de 40 m cube d'eau à la seconde et rejettent ensuite 97 % de cette eau, ce qui réchauffe la rivière", poursuit le spécialiste. Sur les 26 réacteurs, 14 sont en bord de mer.

"Ce qui veut dire que demain, si on veut construire de nouvelles centrales, il faudra privilégier le bord de mer. Le problème est qu'il est difficile de trouver des sites"

Jacques Percebois, directeur du Centre de rechercher en économie et droit de l'énergie.

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En février dernier, Emmanuel Macron a annoncé son intention de construire six réacteurs EPR en France, avec des études pour huit supplémentaires. RTE a souligné le problème du réchauffement climatique sur le parc nucléaire dans son rapport sur l'avenir du système énergétique. Sur les six premiers réacteurs EPR prévus, quatre sont proposés par EDF en bord de mer, à Penly (Seine-Maritime), près de Dieppe, et à Gravelines dans le Nord. Les deux derniers pourraient sortir de terre au Tricastin ou au Bugey, sur les bords du Rhône. Pour eux, le gestionnaire du réseau électrique s'en remet aux systèmes de réfrigération de l'eau du circuit de refroidissement. Il faudra donc trouver assez de place sur les futurs sites d'implantation d'EPR.

Pour Jacques Percebois, "il y a des solutions, cela ne remet pas en cause le programme" mais "Il va falloir tenir compte de contraintes supplémentaires, analyse-t-il. Il faudra privilégier le système aéroréfrigérant et donc trouver de la place car les tours nécessitent plus de surface. Il y d'autres solutions, on peut essayer d'utiliser la chaleur résiduelle, on peut réfléchir au stockage de la chaleur dans le sol".

 

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