Référendum sur le nucléaire : "La France insoumise, c'est un peu des écolos de salon" qui sont "à côté de la plaque", affirme Brice Lalonde

L'ancien ministre de l'Environnement et président de l'association Équilibre des énergies affirme lundi sur franceinfo que le nucléaire "est pour l'instant plutôt un allié" en France, alros que La France insoumise organise un vote sur le sujet.

Un manifestant le 12 mars 2018 à Paris, sept ans après la catastrophe Fukushima au Japon.
Un manifestant le 12 mars 2018 à Paris, sept ans après la catastrophe Fukushima au Japon. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

L'ancien ministre de l'Environnement et président de l'association Équilibre des énergies Brice Lalonde a réagi lundi 12 mars à l'initiative de votation citoyenne lancée par La France Insoumise. Le parti de gauche demande depuis dimanche à ceux qui le souhaitent de se prononcer pour ou contre la sortie du nucléaire. La votation a lieu jusqu'au dimanche 18 mars.

franceinfo : Certains jugent qu'un référendum est trop simple et trop manichéen pour s'emparer de la question complexe du nucléaire. Êtes-vous d'accord avec cela ?

Brice Lalonde : C'est vrai que c'est compliqué. Mais surtout, à mon avis, La France insoumise est à côté de la plaque. La question la plus importante aujourd'hui c'est le changement climatique. Et les responsables du changement climatiques sont le pétrole, le charbon et le gaz naturel. Donc la vraie question est : "Êtes-vous d'accord pour sortir du pétrole, du charbon et du gaz naturel ?" Le nucléaire, pour l'instant, est plutôt un allié. C'est un allié évidemment un peu incommode parce que ce n'est pas parfait, parce que c'est dangereux. Mais pour l'instant, on en a plutôt besoin et, d'ailleurs, le nucléaire est, jusqu'à présent, ce qui nous permet d'être beaucoup moins polluant que l'Allemagne. Donc, à mon avis, le référendum n'est pas vraiment la question.

Certaines ONG ont salué cette initiative mais ont pris leurs distances en ne voulant pas être associées à ce parti et à l'organisation du référendum. N'y a-t'il pas une contradiction ?

Ce n'est pas si simple d'être écolo ! La France Insoumise c'est un peu des écolos de salon. Si on regarde les priorités, c'est vraiment le pétrole. En ce moment, la source d'énergie la plus importante en France est le pétrole, tandis que l'électricité, qu'elle soit produite par des éoliennes, des centrales solaires ou par le nucléaire, est l'instrument même de la transition énergétique, il faut donc faire très attention. On a besoin de l'électricité, il faut la développer, et toute la question sera ensuite de savoir comment on remplace le nucléaire.

Pourtant l'Autriche, l'Allemagne et la Suisse sont passées par ce genre de référendums. Le gouvernement suisse prévoit d'ailleurs une sortie progressive du nucléaire d'ici 2034. Pourquoi serait-ce si différent avec la France ?

L'Allemagne est un échec total. Le problème des renouvelables  – le solaire et le vent – c'est que lorsqu'il n'y a pas de vent ni de soleil. Pour l'instant donc, l'Allemagne a gardé toutes ses centrales à charbon, donc l'Allemagne est beaucoup plus polluante que la France. Ce qu'il faut, avant un référendum, c'est un vrai débat. Qui a raison, qui a tort ? Comment tirer les leçons de l'expérience allemande, des 40 ans des centrales nucléaires françaises, etc. ? Il faut sortir de la passion, il faut sortir des slogans. C'est une question compliquée, un peu technique, certainement. Les Français sont intéressés par ce débat mais un référendum intervient après le débat, pas avant. Le charbon, c'est un million de morts par an, c'est beaucoup plus de morts que le nucléaire. On insiste sur le nucléaire parce que c'est spectaculaire, mais n'exagérons rien, regardons les choses calmement. Le charbon est bien pire.