Prolongation des réacteurs nucléaires : "la probabilité qu'un accident arrive va augmenter", alerte Greenpeace

L'Autorité de sûreté nucléaire vient d'autoriser EDF à faire fonctionner les plus vieux réacteurs jusqu'à 50 ans à condition de réaliser des travaux. Pour Nicolas Nace, de Greenpeace France, ces aménagements ne suffiront pas.

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La centrale nucléaire de Cruas-Meysse à Cruas (Ardèche), le 30 novembre 2019. (TIMOUR OZTURK / FRANCE-BLEU DRÔME-ARDÈCHE)

"Au fur et à mesure que les centrales vieilliront, la probabilité qu'un accident arrive va augmenter", explique sur franceinfo Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique à Greenpeace France. L'Autorité de sûreté nucléaire a donné jeudi 25 février son feu vert à la prolongation de l'utilisation des plus vieux réacteurs nucléaires français. Cette durée passe de 40 à 50 ans. L'ASN demande à EDF de réaliser des travaux pour améliorer la sûreté des centrales qui les utilisent.

franceinfo : Êtes-vous rassuré par les conditions imposées par l'Autorité de sûreté nucléaire pour la prolongation de ces réacteurs ?

Nicolas Nace : Non, pas du tout. Ce que l'on constate aujourd'hui, c'est que les travaux qui sont demandés par l'Autorité de sûreté nucléaire à EDF ne permettent pas d'atteindre un niveau équivalent de sécurité que celui demandé pour les réacteurs les plus récents, à l'image des EPR. 

"Par exemple, sur les vieux réacteurs, les piscines d'entreposage ne vont pas être 'bunkarisées' et ne seront pas suffisamment protégées contre le risque de chute d'avion, ou d'acte de malveillance."

Nicolas Nace (Greenpeace)

à franceinfo

Les travaux qui vont être conduits ne nous rassurent pas. On constate que le calendrier mis en place par les autorités de sûreté est assez lent. Certains réacteurs vont atteindre 46 ou 47 ans avant que des mesures ne soient totalement mises en place. Au fur et à mesure que les centrales vieilliront, la probabilité qu'un accident arrive va augmenter. Si on regarde ce qui s'est passé à Fukushima, il y a près de dix ans, beaucoup de mesures ont été demandées en France par l'Autorité de sûreté nucléaire, et elles n'ont toujours pas été mises en place à l'heure actuelle.

Cette voie ouverte vers une prolongation de la durée de vie des réacteurs est-elle la preuve de notre dépendance vis-à-vis du nucléaire ? Il représente 70% de l'électricité française.

Oui. Et ce que l'on constate, c'est que le manque de planification et de prise de décisions par l'État ces dernières décennies nous mettent devant le fait accompli avec le risque qu'une fermeture de centrale puisse éventuellement conduire à la réouverture d'une centrale fossile.

"La France espère arriver à baisser cette part du nucléaire et passer de 70 à 50% en 2035. Pour nous, c'est faisable. On pourrait même faire encore mieux si on le voulait."

Nicolas Nace

à franceinfo

On voit aujourd'hui que les énergies renouvelables sont en plein essor dans le monde, autant en quantité qu'en termes de coût. Ce sont des énergies très compétitives aujourd'hui. Du coup, la fermeture des réacteurs, qui est prévue d'ici 2035, est non seulement souhaitable, mais vraiment réalisable. Ce qui manque maintenant, c'est un calendrier clair de fermeture, pour savoir quels sites sont concernés.

En l'état actuel des choses, peut-on vraiment compenser le nucléaire par du renouvelable ?

Bien sûr. Il y a assez peu de problèmes qui se posent à intégrer aujourd'hui des énergies renouvelables dans le mix. À l'horizon 2050, on pourra se rapprocher considérablement du 100% d'énergies renouvelables avec le développement de la technologie. Si le gouvernement laisse l'Autorité de sûreté nucléaire prolonger la durée de vie des plus vieilles centrales nucléaires c'est parce qu' il ne souhaite pas se fâcher avec les industriels et les salariés de ce secteur. Et en même temps, il ne veut pas non plus se prononcer en faveur. On se retrouve donc dans un entre deux, à devoir gérer ces vieux réacteurs.

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