Nucléaire : 12 réacteurs français sur 56 victimes du "problème de corrosion", l'Autorité de sûreté veut rassurer

Face à des soupçons de corrosion sur plusieurs réacteurs du parc français, un rapport fait état de problèmes techniques sur la génération de réacteurs la plus récente.

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Radio France
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La centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, le 6 janvier 2022. (JEAN-MARC BARRERE / HANS LUCAS / AFP)

Le mystère est-il levé ? L'Autorité de sûreté nucléaire veut en tout cas rassurer sur l'état du parc nucléaire français. Dans son rapport annuel rendu, le mardi 17 mai 2022, elle revient sur le problème technique détecté en fin d'année dernière sur plusieurs réacteurs.

Le gendarme du secteur, qui reste prudent à ce stade, met en parallèle les problèmes de corrosion sur une partie des réacteurs et et la conception des réacteurs les plus récents. Le président de l'ASN, Bernard Doroszczuk, a ainsi parlé d'un problème sérieux : "À ce stade, au titre de la corrosion sous contrainte, EDF a procédé à la mise à l'arrêt ou à la prolongation d'arrêts programmés de 12 réacteurs pour expertise approfondie et le cas échéant réparation", a-t-il souligné. 


Actuellement, donc, 12 réacteurs sur 56 ont été arrêtés ou ont vu leur arrêt prolongé à cause d'un problème de corrosion sur la tuyauterie du circuit primaire, celui qui touche le coeur. Ces problèmes ont été détectés ou soupçonnés au niveau de soudures des coudes des tuyauteries d'injection de sécurité qui permettent de refroidir le réacteur en cas d'accident. Cette corrosion dite "sous contrainte" se traduit par des petites fissures. 

Un problème de conception ?

Toutefois, ce problème ne concerne pas ou peu les centrales de la plus ancienne génération, les plus nombreuses du parc. Les réacteurs nucléaires mis en service dans les années 1980 échappent jusqu'ici au problème de corrosion détecté en décembre dernier. Avec 900 MW, ils sont moins puissants que ceux des générations suivantes, mais ils constituent l'essentiel des unités en service : 32 sur 56. Les analyses "semblent à ce stade privilégier une cause prépondérante, qui est liée à la géométrie des lignes des tuyauteries", a indiqué Bernard Doroszczuk. Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire émet ainsi l'hypothèse qu'ils soient épargnés car moins modifiés que leurs successeurs. 

Leur construction est en effet plus proche du modèle originel de l'américain Westinghouse, quand la tuyauterie des modèles suivants a été modifiée plus en profondeur. Les études s'orientent donc sur un problème de conception sur ces modèles plus récents.

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Un problème lourd qui nécessitera un traitement de grande ampleur sur plusieurs années et mobilisera une partie des ressources en techniciens compétents, selon les experts, alors même que la filière nucléaire doit se mettre en ordre de marche pour le chantier du siècle : la construction de la nouvelle génération de centrale EPR 2. Cécile Arbouille, déléguée générale du Gifen : "Il y a des métiers sur lesquels on sait qu'il y a des tensions, c'est-à-dire sur lesquels on doit être vigilants, mais nous n'avons pas de pénurie. Les entreprises de soudage et de tuyautage en France peuvent apporter cette main d'oeuvre nécessaire", assure Cécile Arbouille, déléguée générale du Gifen, le groupement des industries nucléaires.

EDF a réalisé des travaux de diagnostic sur 35 soudures et veut en expertiser plus de 105 supplémentaires d'ici la fin juin. Mais il reste un doute sur les réacteurs d'ancienne génération, car ils ont à ce stade été moins étudiés que les plus récents. Sur son parc de 56 réacteurs, EDF en compte actuellement 29 à l'arrêt

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