Déchets radioactifs renvoyés en Allemagne par la France : les producteurs de ces déchets "doivent assumer leurs responsabilités", estime Greenpeace

Ces déchets radioactifs allemands ont été retraités à l’usine normande Orano de La Hague, dans la Manche.

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Radio France
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Un train de déchets nucléaires retraités à l'usine Orano de La Hague franchit le passage à niveau de Hoenheim en direction de l'Allemagne le 12 novembre 2001. (FRANCK FIFE / AFP)

Le dernier train transportant des déchets radioactifs allemands retraités à l’usine normande Orano de La Hague, dans la Manche, partira en Allemagne, d’ici 2024, a appris franceinfo. Une bonne nouvelle pour Roger Spautz, chargé de campagne nucléaire à l’ONG Greenpeace France et Luxembourg. "Les producteurs des déchets radioactifs doivent les reprendre, assumer leurs responsabilités et les stocker", insiste-t-il sur franceinfo vendredi 20 août. Il estime néanmoins qu’aujourd’hui, malgré les études réalisées sur le sujet, "on n’a pas encore de solution définitive pour stocker les déchets nucléaires" et qu’en attendant, l’entreposage à sec, à savoir confiner les combustibles usés dans des conteneurs en acier ou en béton, est "la solution la moins dangereuse".

franceinfo : Vous félicitez-vous que le dernier trajet soit prévu avant 2024 ?

Roger Spautz : Nous sommes contents que les derniers déchets partent en Allemagne. Je crois que tous les producteurs de déchets radioactifs doivent prendre leurs responsabilités. Il y a eu des combustibles venant de Belgique, des Pays-Bas ou du Japon qui ont été traités en France, et donc les producteurs des déchets radioactifs doivent les reprendre, assumer leurs responsabilités et les stocker. Presque chaque jour, il y a des convois qui sillonnent la France. Il y a des transports de combustibles issus de centrales nucléaires, qui vont à La Hague. Mais il y a aussi du plutonium, qui est produit à La Hague ou qui est issu du retraitement, qui est transporté en France pour produire du combustible MOX [constitué de plutonium et d'uranium], mais aussi des transports de combustible neuf à travers toute la France. Et avec chaque transport, il y a un risque d’accident, donc un risque de sûreté et de sécurité. Il y a déjà eu un accident avec un convoi, il y a une vingtaine d'années. Un train qui venait d’Allemagne pour aller à La Hague a déraillé près de Thionville, en France. Heureusement, aucune radioactivité ne s’en est dégagée.

Y a-t-il une évolution dans la recherche pour savoir que faire de ces déchets radioactifs en France ?

Pas vraiment. Depuis des années, on fait des études mais pour l'instant, on n'a pas encore de solution définitive pour stocker les déchets nucléaires. Certes, il y a le projet Cigéo à Bure [un projet d’enfouissement des déchets nucléaires], mais qui est, pour le moment, seulement un laboratoire donc il n'y a pas encore eu d’autorisation définitive pour y stocker des déchets de haute activité. C'est la même chose dans d'autres pays, notamment aussi en Allemagne. Donc là aussi, il y a des discussions sur comment stocker les déchets de haute activité, mais il n’y a toujours pas de solution.

Selon l'Andra, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, les volumes déjà stockés ont augmenté de 30 000m3 rien qu'en 2018. Le problème risque-t-il donc de s’accentuer au fil des années ?

Exactement. Par exemple, le centre de stockage qui est en construction à Bure est prévu pour stocker les déchets qui sont produits jusqu'à aujourd'hui par les réacteurs existants. Mais la France veut faire construire de nouveaux réacteurs, ce qui veut dire produire encore plus de déchets. Et pour ces déchets-là, il n'y a pas de centre de stockage, pas de solution. Nous, on estime que le premier pas, c’est l'arrêt du retraitement et les combustibles usés devraient être entreposés à sec sur les sites de production, c’est-à-dire près des centrales nucléaires. Tant qu'on n'a pas de solution définitive, l’entreposage à sec est la solution la moins dangereuse.

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