VRAI OU FAKE Un homme s'est-il déguisé en pompier pour insulter Emmanuel Macron lors de la manifestation à Paris ?

Plusieurs responsables syndicaux des soldats du feu assurent à franceinfo que l'homme est bien un des leurs. Le pompier en question déclare à LCI regretter ses propos. Le service départemental d'incendie et de secours de l'Essonne, où il travaille, menace de le sanctionner.

Un homme se présentant comme pompier affirme avoir été blessé par un tir \"à bout portant\" de la part d\'un \"CRS\", lors de la manifestation des soldats du feu, le 15 octobre 2019 à Paris.
Un homme se présentant comme pompier affirme avoir été blessé par un tir "à bout portant" de la part d'un "CRS", lors de la manifestation des soldats du feu, le 15 octobre 2019 à Paris. (CERVEAUX NON DISPONIBLES / TWITTER)

Face à la caméra, un homme se présentant comme un pompier crie sa colère pendant plus d'une minute. Une veste de soldat du feu sur le dos, un autocollant CGT sur le torse, il affirme avoir été blessé à la cuisse par un tir de "CRS", alors qu'il venait "ramasser un copain""Je me suis fait tirer dessus à bout portant", accuse-t-il. Ecœuré, il déclare avoir l'intention de démissionner. "Aujourd'hui, j'arrête", assène-t-il. "C'est terminé. Ça fait onze ans que je fais ce métier. C'est fini." Et il conclut son message par des insultes à l'encontre du chef de l'Etat.

La séquence, qui a eu un grand retentissement sur les réseaux sociaux, a été tournée pendant la manifestation des pompiers mardi 15 octobre à Paris. Mais de nombreux internautes ont émis des doutes sur l'identité réelle du manifestant. Certains estiment qu'il ne serait pas pompier, d'autres avancent même qu'il serait "gilet jaune" et que sa blessure serait factice. Alors, vrai ou "fake" ?

Un pompier "discret et réservé"

Les représentants syndicaux des sapeurs-pompiers contactés par franceinfo sont catégoriques : l'homme est bien un des leurs. Il est même en poste dans une caserne de l'Essonne, précisent-ils. Le service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de l'Essonne a également confirmé ces informations à LCI"Le plus surprenant, c'est que ses collègues le qualifient d'un pompier plutôt discret et réservé", s'étonne auprès de franceinfo Frédéric Perrin, président national du CFTC SPA Sdis, qui a dans un premier temps émis des réserves sur la qualité du manifestant. 

Comme de nombreux internautes, le syndicaliste relève que le pompier portait des lunettes de piscine, des gants coqués et un pantalon ne correspondant pas à la tenue des sapeurs-pompiers. Mais, fait valoir Sébastien Delavoux, responsable CGT du Sdis, "dans les manifestations, les gens ne mettent pas toujours leur tenue d'intervention. Moi par exemple, je porte toujours le même vieux cuir."

"Blessé en manifestation"

De prime abord, le président national du CFTC SPA Sdis a également eu des soupçons sur la véracité de la blessure du pompier. Telle qu'elle apparaît sur la vidéo, "cela ressemble beaucoup à du maquillage, comme celui qu'on utilise pour les exercices de secourisme", estime le syndicaliste. "La trace de sang est très nette. On ne voit pas de brûlures autour de la plaie, alors qu'elle est censée avoir été provoquée par un tir à bout portant. Et le tissu du pantalon est coupé droit et ne semble ni brûlé, ni tâché", observe le représentant.

Mais le pompier a bien été "blessé en manifestation", garantit Yohan Martin, représentant de la CGT Sdis 91, précisant toutefois que sa "blessure ne l'empêche pas de marcher". Le pompier a fourni des photos à LCI et Libération, afin de prouver l'authenticité de sa blessure. "J'ai la peau de la cuisse dure, noircie, ça suinte, décrit-il à LCI. Le projectile a tapé la cuisse puis a rebondi sur le mollet gauche." Quant à son équipement polémique, il explique : "C'était pour me protéger", faisant valoir : "Je n'avais jamais manifesté auparavant." 

"Propos choquants"

Le soldat du feu regrette ses propos : les insultes au président de la République comme l'annonce de sa démission. "Ce n'est pas le pompier qui parle, c'est un homme en colère qui vient de se faire tirer dessus", plaide-t-il, tout en dénonçant toujours le manque de moyens de sa profession et la répression policière dont la manifestation a fait l'objet. A l'image des responsables syndicaux, le pompier a bien conscience qu'il s'est ainsi exposé à des sanctions hiérarchiques. 

Le Sdis de l'Essonne a d'ailleurs publié un communiqué mercredi dans lequel il "condamne fermement" les "insultes", les "actes isolés répréhensibles" et les "débordements", commis en marge de la manifestation. Le Sdis déclaré qu'il "se réserve le droit de prendre des dispositions à l'encontre des auteurs afin de préserver son image et celle des sapeurs-pompiers".

Comme ses collègues syndicalistes, Eric Dupuis, vice-président d'Avenir secours CFE-CGC, déplore cet épisode. "Ce pompier a tenu des propos choquants, difficilement entendables. Ce n'est pas une image représentative de notre profession. Son comportement remet en cause ce qu'on doit retenir de cette manifestation."

Jeudi, dans un communiqué, la CGT du Sdis de l'Essonne a pour sa part apporté son soutien au soldat du feu.