"On réfléchit toujours avant de se donner la main dans la rue parce qu’on a peur", déplore SOS Homophobie

À l'occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie jeudi, l'association SOS Homophobie a publié son rapport pour 2017. Il révèle que les témoignages d'agressions physiques vécues par les personnes LGBT ont grimpé de 15%. 

Un couple de femmes lors de la Gay Pride de Lima, au Pérou, en juin 2015.
Un couple de femmes lors de la Gay Pride de Lima, au Pérou, en juin 2015. (MAXPPP)

SOS Homophobie vient de publier son rapport annuel pour 2017 à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie organisée jeudi 17 mai. L'association a recensé 1 650 témoignages d’actes homophobes, soit une hausse de 5 %. Les couples homosexuels réfléchissent "toujours à deux fois avant de se donner la main dans la rue ou avant de s'embrasser parce qu'on a peur", a expliqué Joël Deumier, président de SOS Homophobie, invité jeudi de franceinfo.   

franceinfo : ll y a de quoi s'inquiéter face à cette situation ? 

Joël Deumier : Oui, le constat est alarmant. C'est la deuxième année consécutive qu'on observe une augmentation des témoignages d'homophobie et de transphobie. Et on a cette année une augmentation de 15 % des témoignages d'agressions physiques contre les LGBT, en plus de l'augmentation générale de 5 %. C'est alarmant et à la fois une bonne nouvelle, parce que ça montre que les victimes d'homophobie et de transphobie témoignent de plus en plus. Il y a une parole qui se libère. Les personnes LGBT osent de plus en plus s'exprimer sur les violences dont elles sont victimes.  

Est-ce que vous distinguez des secteurs, des lieux en particulier qui seraient concernés par l'homophobie ?  

On a une augmentation de 38 % des témoignages d'homophobie dans le milieu scolaire. Il y a une homophobie qui est ancrée chez les jeunes. Les réflexes homophobes et transphobes se voient dès le plus jeune âge. Donc, la prévention dans les collèges et lycées est plus que nécessaire. Il faut vraiment prévenir et lutter contre les stéréotypes liés aux homosexuels dès le plus jeune âge.  

Qu'est-ce que vous entendez globalement par réflexes ou actes homophobes ?  

C'est un panel de manifestations : des insultes, des brimades, des moqueries plus insidieuses que les insultes, mais tout aussi violentes, les agressions physiques bien sûr et aussi la discrimination au travail et à l'école. Les lieux publics sont encore très marqués par la persistance de la LGBT-phobie. Aujourd'hui, quand on est deux hommes ou deux femmes, on réfléchit toujours à deux fois avant de se donner la main dans la rue ou avant de s'embrasser parce qu'on a peur. Pour une grande partie, il y a un phénomène d'intériorisation de LGBT-phobie, on se limite pour ne pas s'exposer à d'éventuelles insultes, moqueries voire des violences physiques.  

On est cinq ans après le mariage pour tous, qui avait entraîné un pic d'actes homophobes. Vous redoutez que l'histoire se répète avec les débats à venir sur la procréation médicalement assistée (PMA) ?

On est en train de débattre de l'extension de la PMA. C'est un engagement du président de la République. Les Français sont favorables à la PMA, donc on dit au gouvernement de ne pas traîner dans les débats pour ne pas revivre une déferlante de haine homophobe, celle qu'on avait vécue en 2013. On ne veut pas revivre ça. Faisons la PMA rapidement.  

La parole homophobe semble s'exprimer aussi dans le sport. Deux associations dénoncent le laisser-faire de la Ligue de football professionnel face aux propos homophobes dans les stades. Vous faîtes le même constat ?  

L'homophobie est présente partout, et dans le sport également car on a un certain sens de la masculinité et de la compétition qui est problématique. Mais ça va beaucoup mieux. Il y a d'ailleurs des "Gay games" organisés à Paris au mois d'août. Il faut continuer la prévention, il y a eu des mesures fortes. Mathieu Bastareaud, joueur de rugby à Toulon, a récemment été sanctionné par les instances européennes de rugby parce qu'il a tenu des propos homophobes. Il y a des réflexes qui vont beaucoup mieux. Tout ne va pas bien mais on va dans le bon sens. Il y a aussi une campagne gouvernementale, nommée Ex-aequo, qu'on salue. Il y a une visibilité donnée à l'homophobie. Il faut aussi saluer les progrès, on reste positifs, la société va beaucoup mieux.