Mariage pour tous : le récit des débats à l'Assemblée nationale

Francetv info dresse le bilan de la première journée de discussions sur le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe.

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, parle à l\'Assemblée nationale le 29 janvier 2013.
La ministre de la Justice, Christiane Taubira, parle à l'Assemblée nationale le 29 janvier 2013. (CHARLES PLATIAU / REUTERS)

La bataille est lancée. Le débat sur le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels s'est ouvert, mardi 29 janvier, à l'Assemblée nationale. L'opposition compte défendre plus de 5 360 amendements, un nombre inhabituellement élevé, et trois motions de procédure.

Selon un sondage de l'institut Ifop publié samedi, l'opinion française est favorable au mariage homosexuel à 63%, mais très partagée sur l'adoption par des couples de même sexe (49% pour, 51% contre). Francetv info fait le point sur cette première journée.

Acte 1 : questions au gouvernement sous tension

"Vous avez peur du peuple parce que vous n'osez pas le consulter par référendum." Le ton est donné. Lors des questions au gouvernement, Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, demande le report du débat et tance le gouvernement. "Vous n'avez pas non plus le courage d'assumer vos choix, notamment sur la procréation médicalement assistée !"

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Acte 2 : Christiane Taubira ouvre le débat

Puis le débat commence, vers 16h30. La garde des Sceaux monte au perchoir : "Qu'est-ce que le mariage homosexuel va enlever aux couples hétérosexuels ?" Les bancs de la majorité répondent en chœur : "Rien !" Et Christiane Taubira de reprendre : "Alors, s'il n'enlève rien, nous allons oser poser des mots sur des sentiments et sur des comportements." Au terme d'une intervention d'une douzaine de minutes, Christiane Taubira lance : "Nous sommes fiers de ce que nous faisons." Standing ovation des députés de la majorité. 

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Acte 3 : Henri Guaino défend sa motion de rejet 

C'est au tour d'Henri Guaino de prendre la parole et de défendre l'idée d'un référendum, "une obligation morale" selon le député UMP des Yvelines. "Quand une décision quasiment irréversible doit être prise, seul le peuple souverain a le droit de la prendre."

francetv info / LCP

Acte 4 : suspension de séance

Laurence Dumont, l'une des vice-présidentes de l'Assemblée, lance à la majorité qui s'impatiente : "Souffrez que monsieur Guaino finisse." Une formule "particulièrement ambiguë",  estime le chef de file de l'UMP, Christian Jacob, qui, contrarié, demande une suspension de séance pour réunir son groupe.

Hervé Mariton, porte-parole du groupe UMP sur ce texte, profite de la pause pour lire des extraits de Physiologie du mariage d'Honoré de Balzac. "Mais rassurez-vous, je n'en suis plus à Balzac. Les temps ont changé, mais nous restons attachés à l'institution."

 Acte 5 : la motion de Guaino rejetée

Notre journaliste Vincent Daniel, présent dans l'hémicycle, assiste à la scène :

Christiane Taubira répond à Henri Guaino. Elle rappelle que le Code civil imposait à la femme "l'obéissance" à son mari jusqu'en 1938 : "Que vous souhaitiez conserver cet aspect du mariage, c'est votre liberté !" La ministre chargée de la Famille, Dominique Bertinotti, et le député EELV Noël Mamère prennent également la parole. La motion de rejet préalable du projet de loi est rejetée sans surprise, par 272 voix contre 169. 

Acte 6 : l'hémicycle se vide 

Les bancs de l'Assemblée se dégarnissent. Jean-Frédéric Poisson (UMP) défend un renvoi en commission. "De très nombreuses voix au sein de la communauté revendiquent un droit à l'indifférence et non le mariage", dit-il. Il poursuit : "Au nom de quoi limitez-vous le mariage à deux personnes ?" Les députés UMP se lèvent et applaudissent.

Christiane Taubira le brosse d'abord dans le sens du poil puis lâche : "Si le mariage est réservé exclusivement à la procréation, les personnes qui ne sont plus en âge de procréer ne devraient plus se marier". Un argument qui agace Christian Jacob : "Votre attitude est choquante et méprisante", répond-il. La séance est suspendue peu après.

Acte 7 : des catholiques intégristes prient dehors

Plus d'une centaine de catholiques intégristes se sont réunis devant l'Assemblée nationale. Ils prient "la Vierge Marie" de "changer l'attitude des parlementaires" favorables au projet de loi.

Une catholique intégriste devant l\'Assemblée nationale, le 30 janvier 2013.
Une catholique intégriste devant l'Assemblée nationale, le 30 janvier 2013. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Acte 8 : l'argument financier

Dans l'hémicycle, toujours peu rempli, la séance reprend après 1h30 d'interruption. Corinne Narassiguin (PS) invite à la tribune à avoir "le courage de mener cette politique de cœur".

Hervé Mariton (UMP) prend la parole : "Notre mission c'est d'inventer, plutôt que d'imiter". Il évoque aussi des risques financiers et s'interroge : "Comment ferez-vous pour financer la carte famille nombreuse ou la politique fiscale ?" Sous les applaudissements, le député dénonce une "police de la pensée".

Acte 9 : dernier round pour les députés 

Malgré l'heure tardive, les députés se succèdent à la tribune, de Jean-Christophe Fromentin (UDI) à Sergio Coronado (EELV) en passant par Bruno Le Roux (PS). Ce dernier arrache à près de minuit des hurlements aux quelques députés UMP restés à l'Assemblée, rapporte une journaliste de Mediapart. 

Acte 10 : fin de la première journée

Il est un peu plus d'une heure du matin lorsque la séance est levée. Fin de la première journée, et début d'un vrai marathon pour les parlementaires.