Mariage et homoparentalité : la manif pour tous, enfin presque

Le mouvement, qui se revendique comme n'appartenant à aucune confession ou parti politique, organise des manifestations dans toute la France pour s'opposer à l'ouverture du mariage aux homosexuels.

Des manifestants d\'Alliance Vita manifestent contre l\'ouverture du mariage aux homosexuels, le 23 octobre 2012, à Lille (Nord). 
Des manifestants d'Alliance Vita manifestent contre l'ouverture du mariage aux homosexuels, le 23 octobre 2012, à Lille (Nord).  (DENIS CHARLET / AFP)

MARIAGE ET HOMOPARENTALITE - Les modérés battent le pavé. Samedi 17 novembre, "la manif pour tous" doit rassembler dans plusieurs villes de France des opposants au projet de loi sur l'ouverture du mariage aux homosexuels. Le collectif du même nom, né en octobre, a pour ambition de faire entendre une voix tolérante au sein d'un débat émaillé de dérapages. 

Mais "la manif pour tous" est-elle vraiment ouverte à tout le monde ? Francetv info s'est penché sur une opposition diverse aux avis parfois radicalement opposés. 

Un mariage d'amour : avec les homos 

Marcher "contre le projet de loi de 'mariage pour tous' et contre l'homophobie" : à la veille du rassemblement, la porte-parole, Frigide Barjot, n'a aucune idée du nombre de personnes qui se joindront à elle. En revanche, elle a son avis sur le profil de ceux qui voudront en être : "Une majorité silencieuse à qui on a cloué le bec en menaçant de les traiter d'homophobes", dit-elle à francetv info.

Humoriste et chroniqueuse mondaine, elle a "fait [ses] classes au Banana Café [un club du 1er arrondissement de Paris]", souligne-t-elle, et revendique son statut de femme de la nuit, proche de la communauté homosexuelle. Cette catholique fantasque partage le porte-parolat avec Xavier Bongibault, 21 ans, homosexuel, athée et fondateur de l'association Plus gay sans mariage, et Laurence Tcheng, enseignante, issue du mouvement La Gauche pour le mariage républicain. L'idée de ce drôle d'assemblage ? Mobiliser contre la loi au-delà des clivages confessionnels et politiques.

A l'époque du débat sur le Pacs, Christine Boutin avait sorti la Bible. Eux brandissent le Code civil. Ils défendent "la différence homme-femme comme réalité structurante de l’humanité et de la société". "Un enfant, c'est le résultat de l'amour d'un homme et d'une femme", martèle Frigide Bardot. "Cette loi ne va pas créer un mariage pour les homosexuels, elle va effacer la nature même du mariage pour tous les êtres humains qui sont hommes et femmes et pères et mères", poursuit-elle, sans remettre en cause pour autant le fait que des enfants soient élevés par des couples de même sexe. "Mais ils naissent d'un père et d'une mère, personne ne peut changer ça", insiste-t-elle. 

Xavier Bongibault acquiesce. Arborant un sweat à capuche blanc flanqué du logo rose flashy du mouvement - un homme, une femme et deux enfants main dans la main -, il assure qu'"une grande majorité d'homosexuels se moque du mariage homosexuel".  

Un mariage de raison : avec les plus tradis

Interrogé sur RTL, le jeune homme fustige "la pensée des associations LGBT et du gouvernement [selon laquelle] tous les homosexuels devraient être pour le mariage homosexuel parce qu'ils sont homosexuels". Un présupposé "profondément homophobe", accuse-t-il avec un certain aplomb.



D'ailleurs, il a défendu le cardinal Barbarin lorsque ce dernier a déclaré que l'ouverture du mariage aux homos pourrait donner lieu à "des couples à trois, à quatre" et remettre en cause "l'interdiction de l'inceste". Un dérapage condamné de toute part, mais assumé par le mouvement, qui comptera l'archevêque dans les rangs de son cortège lyonnais, a indiqué Le Monde.fr.

"Il faut travailler avec toutes les personnes qui s'opposent au projet de loi", répètent à l'envi les porte-parole. Ainsi, l'association Alliance Vita, fondée par Christine Boutin et bien connue pour ses rassemblements très chorégraphiés, sera de la partie. Mais les visages indignés, bouches bées sur la désormais célèbre photo du "baiser de Marseille" ou encore la militante catastrophée, immortalisée par "Le Petit Journal" de Canal+  ont-ils leur place dans une manifestation contre l'homophobie ? "Au moins, maintenant, les manifestants sont prévenus, répond Frigide Barjot. S'il y a des baisers, on les applaudira. On va mettre en place des consignes."

Le divorce consommé : avec les homophobes

Prudente, l'organisation a donc soigneusement charté le rassemblement de samedi. Sont interdits : les manifestations de violence, les formations politiques, les banderoles et drapeaux allant à l’encontre de l’esprit et des objectifs de la manifestation, etc. Quant aux responsables politiques "nous faisant l’honneur de participer à la manifestation, [ils] sont invités à respecter [son] caractère universel. (…) Nous, ce que l'on ne veut pas, bien sûr, c'est que ça dérape", explique Frigide Barjot. 

Son initiative lui vaut pourtant d'être décriée par les mouvements les plus radicaux. Dans un communiqué publié mercredi, la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, connue pour ses prises de positions ultra-traditionalistes, s'en prend directement à Frigide Barjot. L'organisatrice de "la manifestation dont l'objectif est de détourner les catholiques de celle du 18 novembre" est sans ambiguïté attaquée sur sa proximité avec la communauté gay : "Et vous voudriez soutenir la Barjot !", conclut le texte. "C'est un hommage", répond l'intéressée, sereine. "Si ça les dérange que j'aie des amis homosexuels, c'est qu'ils sont homophobes. Bas les masques !

"En cas de contre-manifestation, nous ne répondrons pas, nous garderons le sourire et le respect des personnes", stipule le document chargé de définir "l'esprit de la manifestation". Car entre la possibilité de voir débarquer des défenseurs du projet de loi dans le cortège et celle de voir s'afficher des discours intolérables à l'encontre des homosexuels, la manif pour tous défilera sur des œufs.