Mariage des homos : l'inter-LGBT suspend ses relations avec le gouvernement

En prônant la "liberté de conscience" des maires, le chef de l'Etat s'est attiré les foudres des associations lesbiennes, gays, bi et trans. 

Deux hommes s\'embrassent lors d\'un rassemblement contre l\'homophobie, devant la mairie de Paris, le 15 novembre 2012. 
Deux hommes s'embrassent lors d'un rassemblement contre l'homophobie, devant la mairie de Paris, le 15 novembre 2012.  (CITIZENSIDE.COM / AFP)

MARIAGE ET HOMOPARENTALITE - "Sur le mariage pour tous (…), les maires sont des représentants de l’Etat. Ils auront, si la loi est votée, à la faire appliquer. Des possibilités de délégation existent, elles peuvent être élargies et il y a toujours la liberté de conscience."

La déclaration devait apaiser le débat sur le mariage des homosexuels, elle le ranime, mercredi 21 novembre. En prônant la "liberté de conscience" dans son allocution lors du congrès des maires, François Hollande s'est mis à dos les soutiens, mais aussi les opposants au texte de loi sur l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe.

France télévisions

Francetv info revient sur les multiples conséquences de cette déclaration.

Elle scandalise l'inter-LGBT 

Pour l'inter-LGBT (interassociative lesbienne, gaie, bi et trans), "le président de la République (...) légitimise les propos les plus homophobes en considérant que l’on peut accepter d’un maire qu’il ne marie pas – une fois la loi adoptée – un couple de même sexe sous prétexte d’une 'liberté de conscience'". Dans un communiqué, elle a exigé de rencontrer François Hollande "afin d'obtenir des explications sur ce qui est au mieux une maladresse, au pire une trahison". Une délégation doit être reçue par l'Elysée à 16h mercredi.

"On est un peu stupéfaits", avait auparavant réagi Elisabeth Ronzier, de SOS Homophobie, en évoquant un "très mauvais signe" et une "reculade" du chef de l'Etat. Pour Gilles Wullus, rédacteur en chef du magazine Têtu, interrogé par Les Inrocks, François Hollande "donne des gages aux opposants (...). Ces déclarations sont donc un grand aveu de faiblesse." Il pose la question de la discrimination : "C’est comme si demain, on autorisait un maire raciste à refuser de marier un homme noir et une femme blanche. C’est antirépublicain et contraire à ses engagements."

Elle pousse le gouvernement à se justifier 

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a assuré mercredi de la "détermination pleine et entière" de François Hollande à mener la réforme du mariage, dont le chef de l'Etat et le gouvernement sont "fiers".

La célébration du mariage "pour tous" sera assurée "dans chaque commune de France au nom de l'égalité des droits", avait réaffirmé plus tôt la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Le droit au mariage dans la commune de l'un des époux, "inchangé depuis 1804, ne connaîtra aucune dérogation", a-t-elle déclaré dans un communiqué. Mercredi, elle a précisé devant les députés, à l'Assemblée, qu'"en cas de nécessité (…), le préfet (…) se substituera si nécessaire ou il désignera un délégué spécial, tout cela sous l'autorité du procureur de la République".

"Il ne s'agit 'pas d'un recul' mais de la recherche d'un apaisement", dit-on dans l'entourage du président, selon Le Figaro. "Quand on souhaite réussir une réforme, il faut éventuellement réagir aux questions et aux critiques dont elle fait l'objet", ont tempéré des sources à l'Elysée.

Elle ne remplace pas le débat, dit l'UMP

Le député UMP Laurent Wauquiez a quant à lui accusé le président d'avoir "acheté le silence des maires" en leur concédant l'objection de conscience. "Ça donne une impression incroyable de cafouillis", là où les maires réclamaient "un débat", a-t-il dit sur Canal+. Si le texte "pose des problèmes si graves que l'on considère (…) que les maires ont droit à une liberté de conscience, alors il n'y a pas de place pour un passage en force", a-t-il estimé, ajoutant que si "comme on nous le dit, ce projet ne présente absolument aucun problème (…), alors il n'y a aucune justification à une liberté de conscience".

Pour Jean-François Copé, député-maire de Meaux (Seine-et-Marne) récemment élu président de l'UMP, cette déclaration de François Hollande montre qu'il est "très mal à l'aise avec ce projet". "Il a vu des dizaines et des dizaines de milliers de Français dire leur inquiétude, leur incompréhension", a-t-il déclaré à TF1 en évoquant la manifestation de samedi, à laquelle il avait apporté son soutien. "Il n'y a absolument pas de débat (...). Il faut que François Hollande sache que c'est un projet - celui du mariage homosexuel mais surtout celui de l'adoption - qui est en train de vraiment fracturer la cohésion de la société française." 

En effet, le projet de loi ne fait pas l'unanimité : le Collectif des maires pour l'enfance a reçu plus de 16 000 signatures de maires opposés au mariage des couples de même sexe. "Nous avons déjà recensé plus de 300 communes dans lesquelles ni le maire ni ses adjoints ne sont d’accord avec le projet du gouvernement", indiquait le collectif le 7 novembre.

Elle suscite l'inquiétude des élus "pros"

"Cela signe la victoire idéologique de la droite", s'indigne le député-maire écologiste de Bègles (Gironde), Noël Mamère, dans une interview à Libération (article payant). L'élu, qui a célébré symboliquement le premier mariage d'un couple homosexuel en 2004, estime qu'"en cédant aux maires les plus ultras, François Hollande fait preuve d'une mollesse politique inexplicable", et dénonce "une gauche de 2012 frileuse sur les sujets de société".

L'élu girondin relève que dans une commune, "le maire dispose de toutes les délégations. Il peut refuser de célébrer le mariage et refuser d'accorder une délégation pour que ses adjoints le fassent. Il peut aussi leur donner une délégation spécifiant qu'elle vaut pour les mariages hétéros et pas homos. On serait dans une pratique au cas par cas."

De même, la sénatrice centriste Chantal Jouanno, favorable au projet de loi, a jugé que le président ouvrait "une brèche extrêmement dangereuse dans notre Etat de droit""Qu'il y ait une liberté de conscience pour le vote au Parlement oui, pour l'application de la loi, non", a-t-elle ajouté sur Public Sénat.

Elle agite les réseaux sociaux

Sur Twitter, le mot-clé (hashtag) #libertéDeConscience est rapidement apparu. Militants, politiques et journalistes ont largement commenté la petite phrase du chef de l'Etat. Pour Vincent Fleury, responsable du MoDem à Bègles (Gironde), les maires ne peuvent pas se soustraire à l'application de la loi.

Le journaliste du Monde.fr Samuel Laurent inverse quant à lui volontairement le problème, pour souligner l'ambiguïté de la déclaration de François Hollande. 

De son côté, Pierre Bergé tente de calmer le jeu. Sur France Info, ce proche de François Hollande, ancien compagnon d'Yves Saint Laurent, pense que "la loi va passer" et se moque des maires "assez stupides" qui manquent de "courage" pour l'appliquer. 

La loi sur le "mariage pour tous" et l'homoparentalité doit être débattue début 2013 au Parlement. Et le débat promet d'être encore houleux d'ici là.