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Mariage pour tous : l'Enseignement catholique rappelé à l'ordre

Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, a écrit vendredi aux recteurs pour les appeler à "la plus grande vigilance" à propos du débat sur le mariage homosexuel dans les établissements catholiques, afin qu'il n'alimente pas l'homophobie. Eric de Labarre, secrétaire général de l'enseignement catholique, avait suggéré aux chefs d'établissements, dans un courrier, de faciliter l'organisation de "débats" sur la question.
Article rédigé par
Radio France
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Franceinfo (Franceinfo)

C'est peu dire que la lettre du secrétaire général de l'Enseignement
catholique avait suscité un tollé chez les partisans du mariage pour tous. Dans
la lettre adressée avant les vacances par Eric de Labarre aux chefs
d'établissement
des 8.300 lycées, collèges et écoles privés dont il a la charge,
ce dernier les invite, du primaire au lycée, à "prendre des initiatives "
sur la question du mariage gay, considérant qu'il n'y avait eu "aucun débat ". Qu'il était
donc "de la responsabilité des éducateurs d'aider à la prise de
conscience pour que chacun se détermine
", en soulignant au passage
qu'il n'appelait pas à manifester le 13 janvier, mais voulait seulement "poser
un cadre
".

Réponse
du berger à la bergère

A peine le courrier transmis à la presse que certains criaient
déjà à un appel déguisé à la croisade contre le mariage pour tous. A minima, une
atteinte à la liberté de conscience des enseignants de l'école libre
. Ou pire, une
action propagandiste de l'Enseignement catholique, pourtant d'ordinaire si
rétif à sortir de la neutralité qui le caractérise.

Quelques semaines ont passé. Vient, après celui de la
polémique, le temps de la réponse du berger à la bergère. Peut-être parce qu'alors
que sa majorité porte, vaille que vaille, à bout de bras, le texte litigieux,
son silence aurait pu être interprété comme l'acceptation tacite qu'après tout,
l'Enseignement catholique pouvait aussi en débattre, Vincent Peillon a entendu
sonner la fin de la récré. Et dissiper tout malentendu : "Il ne me
semble pas opportun d'importer dans l'école le débat sur le mariage pour tous.
Je considère même qu'en adressant une lettre aux chefs d'établissement, le
secrétaire de l'enseignement catholique a commis une faute
", déclarait
Vincent Peillon à la presse vendredi.

"Il peut y avoir des débats quand ils sont faits dans
l'équité mais on sait que cela n'est pas le cas"

"Ce courrier (d'Eric de Labarre)
risque plus de servir de caution à certaines opérations partisanes et sectaires
qu'à la proposition de débats
" éclairés ", même s'ils
n'appelle évidemment pas à cela
. Il peut y avoir des débats quand ils sont faits dans
l'équité mais on sait que cela n'est pas le cas
", estime de son côté dans un communiqué
le syndicat de l'enseignement privé Fep-CFDT.

"Il faut veiller au respect des hommes et des femmes qui composent l'enseignement catholique sans forcément  partager les thèses de l'institution ", rappelle Bruno Lamour, le secrétaire général du syndicat.

L'enseignement sous-contrat doit respecter le principe de
neutralité et de liberté de conscience

"Il vous appartient en effet de veiller à ce que les
débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les
écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation
homophobes
", écrit ainsi le ministre de l'Education nationale aux recteurs.
"Je vous appelle à la plus grande vigilance à l'égard des conditions du
débat légitime qui entoure le mariage pour tous (...) notamment dans les établissements
privés sous contrat
", ajoute-t-il.

"Il convient donc d'appeler à la retenue et à la
neutralité au sein de tous les établissements afin que l'école ne fasse l'objet
d'aucune instrumentalisation
", indique le ministre, demandant aux
recteurs de l'informer "au plus vite des incidents éventuels et de
toute initiative contraire à ces principes, dans les établissements publics
comme dans les établissements privés sous contrat
". "Je ne
veux pas raviver la guerre scolaire
", explique le ministre. "Et
je suis très respectueux du caractère propre de l'enseignement catholique.
Mais, en retour, cet enseignement, qui est sous contrat avec l'Etat, doit
respecter le principe de neutralité et de liberté de conscience de chacun
".

Eric de Labarre,  par voie
de presse interposée, répond de son côté qu'on "ne peut pas (lui)
faire un procès d'intention et dire que les débats seraient truqués ".

 

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