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Un défilé pro-palestinien sous bonne garde et sans encombres à Paris

Le cortège est parti de la place Denfert-Rochereau pour les Invalides sous haute surveillance, mercredi. Francetv info a suivi le rassemblement. 

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Un homme brandit un panneau lors d'une manifestation pro-palestinienne, à Paris, mercredi 23 juillet 2014. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le calme après la tempête. Malgré les violences survenues en marge des manifestations pro-palestiniennes interdites dans le 18e arrondissement de Paris et à Sarcelles (Val-d'Oise) le week-end précédent, la préfecture de police a autorisé une manifestation, mercredi 23 juillet, dans la capitale. Francetv info y était.

A 17h45, la place Denfert-Rochereau n'est pas encore fermée à la circulation. Pourtant, la foule des manifestants s'accumule. Le départ en direction des Invalides est prévu pour 18h30. Policiers et gendarmes, venus en nombre, sont bien visibles dès la sortie du métro/RER. Il n'y a aucune animosité dans l'air, mais la pharmacie abaisse son rideau de fer à l'approche de l'heure fatidique. Le camion de la CGT, surmonté d'un énorme ballon rouge, est déjà engagé sur le boulevard Raspail. Derrière, sur les autres véhicules, on teste les sonos et on s'échauffe la voix : "Israël assassin, Israël assassin !" 

Le cortège est présenté comme plus sage. Le défilé est organisé par le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens. Il regroupe des associations, des syndicats et des partis. Pour la préfecture de police, ce sont des interlocuteurs "sérieux et responsables". De fait, lorsque des adolescents montent sur un abribus, un organisateur en costume gris et chemise blanche les invite aussitôt à descendre. Les jeunes manifestants coopèrent. Une fois au sol, une femme voilée d'environ 65 ans les rappelle vigoureusement à l'ordre."C'est pas bien. Il faut montrer qu'on n'est pas là pour casser", explique-t-elle à francetv info, sourire aux lèvres. À quelques mètres de là, un manifestant affiche clairement son intention pacifiste. "Je suis juif et je suis ici avec mes amis pour la paix ensemble, pour arrêter les extrêmistes au pouvoir en Israël. Juif autrement", a-t-il écrit sur sa pancarte.

"Ce n'est pas parce que c'est en arabe que c'est antisémite"

Le cortège se met en mouvement. "Nous sommes tous des Palestiniens, nous sommes des Palestiniens !", crie la foule sautillante, en reprenant le slogan lancé au micro. Un homme prend alors la parole. Il s'étonne des critiques entendues lors des précédentes manifestations sur des phrases qui n'étaient pas scandées en français. "Ce n'est pas parce que c'est en arabe que c'est antisémite", dit-il sous de vifs applaudissements, avant d'encourager les manifestants à répéter des slogans en arabe.

Manifestation pro-palestinienne à Paris, le 23 juillet 2014. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

André, un riverain, passe la tête dans l'embrasure de sa porte. "Je ne suis pas inquiet. C'est juste une manifestation. Je veux voir par curiosité", indique-t-il d'une voix sereine. "Solidarité internationale contre les puissances coloniales", entend-on un peu plus loin. Curieux, des membres du personnel de l'hôpital du Port-Royal se sont postés derrière les vitres du deuxième étage.

Arrivé sur le boulevard du Montparnasse, le défilé s'étire. Et continue d'avancer dans une bonne ambiance. Ce qui n'exclut pas des échanges tendus. Un homme prend à partie des manifestants masqués qui agitent l'étendard du jihad islamique. Il se fait insulter. "Ce drapeau n'a rien faire là. Il n'y en a qu'un dans toute la manifestation mais on ne va parler que de ça", déplore-t-il en colère auprès de francetv info.

Terrasses bondées et pique-nique

Près de la gare Montparnasse, les cinémas sont ouverts et les terrasses bondées. Les clients ne sont visiblement pas intimidés par la manifestation, et ne craignent pas de débordements. Ici et là, des hommes et des femmes rentrent du travail. Sans crainte, ils fendent la foule à pied, à vélo, ou en trottinette. L'atmosphère est rassurante, souriante.

Le soleil fond sur la tour Eiffel et les slogans continuent de rythmer le pas : "Hollande casse-toi, la France n'est pas à toi. Hollande casse-toi, la Palestine n'est pas à toi." A l'approche des Invalides, terminus du cortège, le premier fumigène est allumé. D'autres suivent, mais ils peuvent être comptés sur les doigts d'une main. La foule, qui compte entre 14 500 et 25 000 personnes selon les sources, remplit la place. A l'autre bout, sur la pelouse, un groupe d'une quinzaine de personnes âgées d'environ 25 ans pique-nique dans l'herbe. Il ne bouge pas.

Quenelles et rabbins antisionistes

Les organisateurs lancent les premiers appels à dispersion. La foule commence à se réduire. C'est là que devient visible la poignée de fans de Dieudonné. Ils arborent des tee-shirts de l'humoriste, font des quenelles, ou chantent "Shoah nanas". "Séparation du Crif et de l'Etat !", lance une vieille dame accompagnée de son mari. "Éradication !", ajoute un fan de "Dieudo".

Des rabbins de l'organisme NKUSA, qui se présentent comme antisionistes, montent sur un camion et sont ovationnés. "Free Gaza" (Gaza Libre), scande l'un d'eux sous des applaudissements nourris. Dans la foulée, ils posent avec des pancartes "Le sionisme est l'opposé du judaïsme", "Le judaïsme rejette l'Etat d'"Israël et condamne ses crimes de guerre'". "Ça fait plaisir, franchement !", s'exclame un homme.

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Dans un coin de la place, des manifestants narguent les CRS. Quelques tirs de flashball se font entendre. Mais aucun mouvement de foule ne se déclenche. Tout reste calme.

"Une soirée presque normale"

"La manifestation est un vrai succès chaleureux, citoyen et populaire", estime Jean-Guy Greilsamer, membre de l'Union juive française pour la paix, qui trouve que les interdictions de manifestations ont été contreproductives. Il regrette la présence de pro-Dieudonné. "La Palestine n'intéresse pas vraiment ses fans. Ce qui est les intéresse, c'est de s'en prendre aux juifs", dit cet homme qui se qualifie de "juif antisioniste".

Vers 21h30, il ne reste plus grand-monde. Les voitures circulent à nouveau place des Invalides. Des joueurs de rugby terminent leur match. Le groupe qui pique-nique est toujours là, à la même place. "On savait qu'il y avait une manifestation, mais on ne savait pas qu'elle arriverait jusqu'ici", explique l'un. "Ça été une soirée presque normale. A un moment donné, il y a eu un peu trop de monde, mais tout s'est très bien passé. (...) On nous a même souhaité bon appétit", raconte une autre.

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