Colère des policiers : "Les collègues ne vont pas se satisfaire d'une prime de 300 euros"

Les syndicats de police opposent "une fin de non-recevoir" à la première mesure proposée par le gouvernement pour répondre à leurs revendications.

Un policier dans le quartier du faubourg Saint-Honoré à Paris, le 15 décembre 2018, lors de l\'\"acte 5\" de la mobilisation des \"gilets jaunes\".
Un policier dans le quartier du faubourg Saint-Honoré à Paris, le 15 décembre 2018, lors de l'"acte 5" de la mobilisation des "gilets jaunes". (LAURE BOYER / HANS LUCAS / AFP)

Pour calmer la colère des policiers, le gouvernement propose d'offrir une prime de 300 euros aux forces de l'ordre mobilisées depuis un mois face aux "gilets jaunes". Elle devrait bénéficier à 111 000 fonctionnaires, pour un coût total d'environ 33 millions d'euros. Mais cette première mesure, qui figure dans un amendement déposé mardi 18 décembre dans le cadre de l'examen du projet de loi de finances 2019, ne convainc aucun des syndicats de police contactés par franceinfo.

"On l'a toujours dit : on ne veut pas d'une prime au martyr", lâche Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint d'Alliance. "Ce n'est pas ça qui va régler la situation. Les collègues ne vont pas se satisfaire d'une prime de 300 euros ; 300 euros, ça ne va pas leur suffire." "Ce n'est pas suffisant", confirme Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité SGP Police-FO. "On n'est ni à vendre ni à acheter. On demande une augmentation de 110 euros par mois pour tous les gradés et les gardiens de la paix. Et il y a aussi entre 21 et 23 millions d'heures supplémentaires à payer." Un serpent de mer.

"Ce n'est pas réductible à ça"

Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiers, affiche la même fermeté : "Ce n'est pas avec cette prime que le malaise s'apaisera. Ce n'est pas réductible à ça. Nos revendications ne sont pas uniquement sur le pouvoir d'achat. On demande avant tout de pouvoir exercer notre métier dans de bonnes conditions. On a empêché que le pays sombre dans l'insurrection, ce n'est pas rien."

"Il y a une mobilisation sur tous les fronts depuis des mois", relève Patrice Ribeiro. "Il y a la pression de la délinquance au quotidien, la pression migratoire côté italien et maintenant espagnol, la pression du terrorisme, que l'attentat de Strasbourg s'est chargé de nous rappeler. On ne peut pas demander une mobilisation sans failles, sans limites."

"Il y a beaucoup de choses à mettre sur la table"

Confronté à sa première crise en interne, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner doit recevoir mardi soir les représentants des trois organisations syndicales représentatives chez les gardiens de la paix, Alliance, Unité SGP Police-FO et Unsa-Police, qui ont annoncé en ordre dispersé des actions, de la grève du zèle à la fermeture des commissariats. Les discussions risquent de tourner court.

"Il y a beaucoup de choses à mettre sur la table et visiblement Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Christophe Castaner ne sont pas prêts à nous les donner", juge Yves Lefebvre, qui conclut : "Ce début de négociation sociale va accoucher d'une fin de non-recevoir de notre part." "Ce n'est pas la faute du gouvernement actuel", souligne Patrice Ribeiro."Ils sont héritiers d'impérities et ça explose maintenant."