Témoignage "On vivait cachés comme des rats" : 40 ans après la dépénalisation de l'homosexualité, un ancien condamné raconte

Il y a 40 ans, le 4 août 1982, la France achevait de dépénaliser l'homosexualité, en abrogeant le "délit d'homosexualité" institué par Vichy. La fin d'un calvaire pour plusieurs générations d'homosexuels.

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édité par Phéline Leloir-Duault - Agathe Mahuet
Radio France
Publié Mis à jour
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Bernard Bousset chez lui, à Paris. Âgé de 81 ans, il a dirigé jusqu’en juin 2022 l’Open Café, un bar mythique fréquenté par la communauté homosexuelle dans le Marais. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Son nom : Bernard Bousset. Initiales : BB, comme Brigitte Bardot. "J'ai vécu continuellement avec des insultes. À l'école déjà on m'appelait BB, Brigitte. Dans la rue c'était tapette, pédale. Les professeurs ne disaient rien, ils rigolaient." Comment se construire et grandir en tant qu'homosexuel, dans les années 50, alors que l'homosexualité était un délit ? "C'était tabou, on n'en parlait pas. On vivait clandestinement, cachés comme des rats." 

À 25 ans, Bernard Bousset tout juste arrivé à Paris : "Nos foulards étaient un code. Puisqu’il n’y avait pas de réseaux sociaux, la couleur de nos foulards parlait pour nous, ça disait si l’on était disponible ou pas." (DR)

Tout bascule en 1961, à Bordeaux. Bernard a à peine 20 ans. Il se souvient parfaitement du jour où il a été arrêté : "J'ai fait deux jours de garde-à-vue parce que j'ai été pris dans un bar où il y avait une soirée homosexuelle."

"Les flics arrivaient avec les paniers à salade, et nous jetaient là-dedans. Au commissariat, on prenait nos empreintes. Quand on était relâché, on avait un casier judiciaire avec des photos."

Bernard Bousset

à franceinfo

"Souvent, le commissaire appelait l'employeur ou les parents, on leur disait 'votre fils a été trouvé dans un bar clandestin homosexuel, raconte-t-il. Le mot homosexuel, c'était terrible pour les parents ou l'employeur." Pour Bernard, c'est son travail qui a été contacté par la police : "Ils ont prévenu là où je travaillais, à la Sécurité Sociale. Je n'ai pas osé revenir, je me suis licencié tout seul."

Sa condamnation publiée dans la presse

À Megève, en Haute-Savoie, alors qu'il a 23 ans, une relation d'un soir va le conduire au tribunal. Il rencontre un garçon de 18 ans, qui lui vole quelques bijoux dans la nuit. "Les flics viennent et me disent : 'on a retrouvé votre voleur, passez au commissariat'." Bernard récupère ses affaires, retire sa plainte, mais les policiers le retiennent. "Ils me disent : 'c'est un détournement de mineur car il a moins de 21 ans'. J'en avais 23, alors ils me disent : 'vous allez passer au tribunal'."

Trois mois plus tard, le procès arrive : "À la barre, le président me dit : 'Monsieur, vous êtes un inverti'. La salle rigolait et me huait." Bernard Bousset est finalement condamné à une amende, et son jugement paraît dans la presse.

"J'ai passé mon adolescence comme ça, dans la honte, dans la peur. Et ça m'est resté : aujourd'hui encore, à 81 ans, quand je vois un flic, j'ai peur !"

Bernard Bousset

à franceinfo

"Cette honte et cette crainte sont toujours ancrées en moi, explique-t-il. Il faudrait que je vois un psy mais bon, c'est trop tard, c'est foutu." Le 4 août 1982, la loi française met fin à cette discrimination : la "majorité sexuelle" des homosexuels devient alors la même que pour les hétérosexuels, soit 15 ans pour tout le monde.

Cette condamnation reste une cicatrice pour Bernard Bousset, devenu par la suite l'une des figures de la communauté homosexuelle parisienne, en ouvrant plusieurs bars gays dans le Marais.

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