"Je tremblais comme une feuille" : il y 20 ans, Dominique et Francis signaient le premier Pacte civil de solidarité

Le premier Pacs était conclu le 18 novembre 1999 à Lille, entre Dominique Adamski et Francis Dekens, aujourd’hui âgés de 65 et 73 ans. Vingt ans plus tard, quel regard porte le couple sur cet évolution de la loi.

Francis Dekens (droite) tient dans ses mains la première attestation de Pacs de l\'histoire, qui a permis de sceller, aux yeux de la loi, leur union avec Dominique Adamski (gauche), il y a vingt ans.
Francis Dekens (droite) tient dans ses mains la première attestation de Pacs de l'histoire, qui a permis de sceller, aux yeux de la loi, leur union avec Dominique Adamski (gauche), il y a vingt ans. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

Il a permis plus de 2,1 millions d'unions depuis sa création. Le Pacs fêtera ses 20 ans vendredi. La loi instaurant ce Pacte civil de solidarité avait été promulguée le 15 novembre 1999, après des débats très mouvementés au Parlement. Trois jours plus tard, le premier pacs était conclu à Lille, entre Dominique Adamski et Francis Dekens, aujourd’hui âgés de 65 et 73 ans. Franceinfo les a retrouvés à Agde, dans l’Hérault, où ils ont emménagés il y a quelques mois.

Du carton qu'il a précieusement conservé, le couple sort la première attestation de pacs de l’histoire, datée du 18 novembre 1999, et des coupures de journaux qui, il y a vingt ans, avaient couvert l'événement. A l’époque, Dominique Adamski n’avait pas une seule ride et Francis Dekens beaucoup moins de cheveux blancs. Après dix-neuf ans de vie commune, ils avaient tenu à se pacser dès la loi promulguée. 

Les mois qui ont précédé, il fallait voir le déchaînement des manifs anti-pacs, avec même le slogan 'Les pédés au bûcher'. Donc ça nous a remontés, c'était notre façon de militer.Dominique Adamskià franceinfo

Pour Dominique, il était donc important d'agir vite. Trois jours après la promulgation, ils sont donc au tribunal d’instance. "On s'est pointés, on a signé et on a entendu un vacarme pas possible dans les couloirs. Il y avait au moins cinq ou six chaînes de télévision qui étaient là pour nous filmer", raconte Francis. "Moi je ne voulais pas, c'était la première fois que je sortais du placard et je ne voulais pas être reconnu par mes collègues. Je tremblais comme une feuille", confie-t-il.

"On quitte une république pour un royaume qui accorde de meilleurs droits"

La signature du pacs, puis sa médiatisation, aideront finalement Dominique et Francis à vivre leur amour au grand jour. "Avant on rasait les murs", disent-ils. "Ce qui a changé c'est tout de suite d'obtenir des droits qu'on n'avait pas, ne serait-ce qu'un billet d'avion de couple", explique Dominique. "On a acquis un bien immobilier et on s'est engagé à deux forcément. Avant ce n'était pas possible ou alors il fallait faire une clause spéciale", poursuit Francis. "Pour nous, c'était vraiment être reconnus en tant que couple dans notre amour, dans ce qu'on pouvait partager", enchaîne Dominique.

Mais cela ne suffira pas. En 2006, les nordistes déménagent quelques temps en Belgique, pour pouvoir s’y marier. "On quitte une république pour aller dans un royaume qui accorde de meilleurs droits", ironise Dominique. Mariés à l’étranger, Francis et Dominique ont dû attendre 2013 et la loi Taubira pour voir leur mariage reconnu en France. Ils espèrent désormais que la PMA pour toutes sera bien adoptée, et que la GPA le soit un jour aussi.

Le reportage de Jérôme Jadot
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