Homophobie dans le football : la LFP réunira le 5 septembre des associations de lutte contre l'homophobie et des associations de supporters

La présidente de la Ligue de football professionnel souhaite sensibiliser les supporters et créer un débat, après l'interruption du match Nice-Marselle mercredi à cause de banderoles et chants à caractère homophobe.

Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue de football professionnel (LFP) lors du trophée des Champions entre Rennes et le PSG, le 2 août 2019 à Shenzhen (Chine).
Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue de football professionnel (LFP) lors du trophée des Champions entre Rennes et le PSG, le 2 août 2019 à Shenzhen (Chine). (FRANCK FIFE / AFP)

"Le 5 septembre, je réunis à la Ligue des associations de lutte contre l’homophobie, l’association nationale des supporters et quelques autres associations de supporters de façon à ce que nous puissions débattre tous ensemble", a annoncé jeudi 29 août sur franceinfo Nathalie Boy de la Tour, la présidente de la Ligue de football professionnel. Elle était présente à Nice mercredi soir pour la rencontre entre l'OGC Nice et l'OM, interrompue quelques minutes à la suite de banderoles et de chants à caractère homophobe en tribune Populaire Sud.

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franceinfo : Comment faire pour mettre fin aux insultes homophobes dans les stades ?

Nathalie Boy de la Tour : C’est avant tout de mettre en place un dialogue et une concertation. Ce dialogue et cette concertation vont prendre un virage nouveau puisque le 5 septembre prochain je réunis à la Ligue des associations de lutte contre l’homophobie, l’association nationale des supporters et quelques autres associations de supporters de façon à ce que nous puissions débattre tous ensemble. C’est ce que nous avons fait déjà jusqu’à présent : depuis plus d’un an nous travaillons avec différentes associations sur le sujet de la lutte contre toutes [les] formes de discriminations, mais peut-être que nous devons aller plus loin. Outre cette réunion du 5 septembre, il est prévu le 11 septembre un séminaire des référents supporters. Ce sera la première fois qu’on mettra en place un séminaire des référents supporters. La Dilcrah (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT) interviendra et nous sensibiliserons nos référents supporters. Nous ne voulons pas travailler contre les associations de supporters, nous voulons travailler avec les associations de supporters. La Ligue fait aussi son autocritique. Nous n’avons peut-être pas suffisamment, ou [les associations] n’ont peut-être pas eu l’impression d’être suffisamment consultées auparavant parce que nous n’avons pas communiqué là-dessus. Mais en tout cas ce dialogue est ouvert et je crois que nous en avons donné des signes déjà, ne serait-ce qu’avec la mise en place des tribunes debout ou la mise en place de tarifs visiteurs uniques qui était également l’une des revendications des associations de supporters. Pour sortir de cette difficulté, je crois énormément au dialogue, à la concertation, à la pédagogie, à la sensibilisation des associations de supporters.

Les instances disciplinaires de la LFP ont décidé mercredi de suspendre la tribune de Nancy pour un match ferme après l'interruption de sa rencontre face au Mans en raison de chants homophobes. Pour les autres cas examinés par la commission de discipline, un rappel à l'ordre a été décidé. Quelle est votre réaction ?

La commission de discipline agit de manière indépendante donc je ne vais pas commenter ses décisions. La seule chose que je peux vous dire, c’est que je trouve que la commission de discipline a su faire la part des choses entre ce qui était discriminatoire et ce qui était du domaine des injures et donc d’adapter les sanctions en conséquence. Je crois avant tout au dialogue, à la concertation et à la pédagogie et je suis heureuse de voir que c’est une ligne qui est également défendue et visiblement prise par la commission de discipline.

Est-ce que vous vous sentez soutenue ?

La question n’est pas de savoir si je suis soutenue ou pas, elle est de savoir quel est le bon combat pour le football qu’on veut avoir demain. Le football a une responsabilité sociétale, nous devons l’assurer. Il ne faut pas mélanger les choses : le football n’est ni raciste, ni homophobe. Mais au moins, il doit faire son autocritique et ce qui était acceptable par la société pendant des années ne l’est plus. On doit prendre en compte ces nouvelles règles du jeu. Peut-être que nous avons trop pu tolérer dans les tribunes des comportements qui ne passent plus aujourd’hui. Mais si nous voulons que tous les publics puissent venir dans les stades, [donc faire] venir davantage de femmes, faire venir les familles, et si nous voulons également une Ligue 1 forte, qui rayonne en Europe, nous sommes obligés aujourd’hui de nous pencher sur le problème, puisque ces attitudes n’existent pas en Allemagne, en Angleterre. Le supporter veut du beau jeu, il veut voir de la gagne, il veut voir les meilleurs joueurs, donc il veut des investisseurs qui viennent et qui donnent une bonne image de notre football et ça malheureusement ça ne contribue pas à donner une bonne image de notre football donc il ne faut pas se tirer nous-même une balle dans le pied.