Les évangéliques peinent à trouver des lieux de culte

Après la mort d'une fillette à Stains, ces chrétiens expliquent devoir souvent se retrouver dans des locaux de fortune alors que leur mouvement est en pleine expansion.

Des fidèles écoutent un prédicateur américain, en août 2006 à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), dans le cadre de rencontres organisées par des pasteurs évangéliques, baptistes et pentecôtistes.
Des fidèles écoutent un prédicateur américain, en août 2006 à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), dans le cadre de rencontres organisées par des pasteurs évangéliques, baptistes et pentecôtistes. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Rien n'est fait pour aider [les évangéliques] à trouver des lieux de culte", déplore le pasteur Claude Baty. Il préside la Fédération protestante de France (FPF), qui représente 25% des évangéliques. Le Conseil national des évangéliques de France (Cnef) fédère les 75% restants. Les deux organisations décrivent les difficultés rencontrées par ce mouvement en pleine expansion pour obtenir des locaux. Dimanche, une fillette est morte lorsque le plancher d'une église bondée a cédé, à Stains (Seine-Saint-Denis).

"Une commune à qui nous avions demandé si elle pouvait mettre sa salle municipale à disposition nous a rétorqué qu'elle ne le pouvait pas, sous peine de devoir en faire autant pour les musulmans", poursuit le pasteur. Du coup, les communautés "louent souvent, et assez cher, des bâtiments et des locaux non prévus pour cela, des usines désaffectées, des garagesLa vraie difficulté pour elles est d'accéder à la propriété pour faire des travaux d'aménagement."

Neuf fois plus de fidèles en soixante ans

Selon Claude Baty, les mairies ne veulent pas entendre parler des églises évangéliques "sous prétexte qu'elles font du bruit, que la zone - industrielle, pavillonnaire, commerciale - n'est pas adaptée, que le nombre de places de parking est insuffisant…" Quant aux banques, elles "ne font pas confiance et accordent rarement des crédits, et les communes ne veulent pas cautionner les églises."

"Il s'agit d'un grave problème, notamment en Seine-Saint-Denis, qui compte une centaine d'églises évangéliques, abonde Clément Diedrichs, directeur du Cnef. Les communautés haïtienne, africaine, très importantes, ont les pires peines à trouver un espace." Le nombre de protestants évangéliques en France a été multiplié par neuf ces soixante dernières années, selon le Cnef. Le nombre de pratiquants réguliers est passé de 50 000 en 1950 à 460 000 aujourd'hui. D'après Le Figaro, toutes dénominations confondues, les évangéliques représentent, dans le monde, un quart des chrétiens.

Le Cnef avait refusé d'homologuer le local de Stains

Du coup, des communautés, et notamment "les églises spontanées, indépendantes", comme celle de Stains, se replient dans des locaux de fortune. Pour cette raison même, le Cnef avait refusé d'homologuer le bâtiment de Stains. Selon le pasteur évangélique Thierry Le Gall, responsable de la communication du Cnef, "le local n'était pas du tout adapté pour recevoir plus d'une centaine de personnes". Selon le préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert, entre 100 et 150 personnes étaient présentes lors du drame.

"Nous sommes face à une difficulté en Seine-Saint-Denis où des lieux de culte s'installent dans des locaux qui ne sont pas prévus pour cela", confirme Michel Fourcade, maire PS de Pierrefitte-sur-Seine (PS).