Les étudiants peuvent-ils avoir confiance en leurs mutuelles ?

On est en pleine période de rentrée universitaire. France Info fait le point, un an après la publication par la Cour des comptes d’un rapport accablant pour les mutuelles étudiantes. Il dénonçait des retards récurrents dans les remboursements, ainsi que la mauvaise qualité de service. Nous avons voulu savoir si la situation s’était améliorée.

(Un stand de la LMDE au mois de mars 2014 lors du salon étudiant à Paris. © Maxppp)

C'était surtout la LMDE, la principale mutuelle étudiante, qui était visée. Selon la Cour des comptes, qui publiait il y a un an un rapport sur l'état des mutuelles étudiantes, un adhérent à la LMDE avait par exemple une chance sur quatorze de pouvoir joindre sa mutuelle au téléphone. Aujourd'hui visiblement, il y a toujours des problèmes de ce côté-là.

Stéphanie et Guillaume, un couple d'étudiants rencontrés dans le quartier latin à Paris, se désolent : "J’ai essayé de les joindre, mais au bout de dix minutes-un quart d’heure, je raccroche, je ne vais pas passer ma journée au téléphone ", explique Stéphanie. "J’ai dû attendre plus de deux mois pour avoir ma carte Vitale, ajoute son petit ami. J’ai été obligé de me déplacer en agence pour avoir des explications, qu’ils m’ont fournies. Il s’est avéré que la carte Vitale se trouvait juste derrière leur bureau, mais qu’elle était en attente depuis longtemps. "

La LMDE assure que la situation s'est améliorée

Aujourd'hui la LMDE (La Mutuelle des étudiants) a été placée sous tutelle en raison de ses problèmes financiers. La gestion a été confiée à un administrateur provisoire. Quant à Frédéric Sauvage, le directeur du développement de la LMDE, il reconnaît des difficultés persistantes : "Nous avons encore un taux de décroché qui est largement trop faible, puisque nous devrions être à neuf appels sur dix pris en charge. Cet été, nous étions encore descendus en dessous des sept sur dix. Il faudrait embaucher beaucoup de personnel, environ une centaine de téléconseillers, ce que nous ne sommes pas capables de faire ".

"Par contre, pour tout le reste, depuis que je suis à la mutuelle, je n’ai jamais connu des délais de remboursements aussi courts pour une feuille de soins. Donc on rembourse très bien, très vite ", tempère-t-il. La LMDE assure donc que la situation s'est améliorée. La Cour des comptes parlait dans son rapport de 200.000 courriers d'étudiants qui restaient en stock, dans l'attente d'un traitement. Aujourd'hui la mutuelle jure que ce nombre a été divisé par dix. Elle prétend traiter la plupart des feuilles de soins en moins de cinq jours sauf, dit-elle, pour les dossiers complexes, comme les lunettes.

Des commerciaux particulièrement pressants

Les critiques ne proviennent pas uniquement du rapport de la Cour des comptes. Le syndicat FAGE évoque des pratiques commerciales abusives de la part des mutuelles, et pas seulement la LMDE. Les étudiants ont l'obligation de s'affilier à la sécurité sociale de base, via la LMDE, ou son concurrent, le réseau des mutuelles de proximité Emevia. En revanche, rien ne les oblige, en théorie, à choisir une couverture complémentaire auprès de ces deux organismes.

Félix et Clara, rencontrés eux aussi dans le Quartier Latin à Paris, racontent comment de jeunes commerciaux se sont montrés particulièrement pressants lors de leur inscription à la fac : "On nous disait qu’il était obligatoire de s’inscrire à une mutuelle supplémentaire, qui au final n’est pas obligatoire, mais elle est vendue comme telle ", proteste Félix. Un peu gênée de s’être fait piéger bêtement, Clara explique : "C’étaient des jeunes qui avaient mon âge, ça m’a peut-être poussée à leur faire confiance. Je leur ai pourtant dit que j’étais sur la mutuelle de ma mère, mais ils m’ont convaincue que la leur était obligatoire. Comme je n’y connaissais pas grand-chose, j’ai payé les 40 euros. Ensuite je me suis rendue compte de mon erreur, j’ai fait des démarches, j’ai mis un an pour qu’on me rembourse l’argent ".

Faut-il supprimer les mutuelles étudiantes ?

Ces étudiants nous assurent que ces pratiques sont monnaie courante, ce que dément Ahmed Hégazy, le président du réseau des Mutuelles Emevia : "Les universités ne nous laisseraient pas un accès direct aux étudiants si ce phénomène était courant. Il y a pu y avoir des tensions par le passé, mais on n’a pas déploré cette année de difficulté au niveau du réseau Emevia. Donc de ce côté-là, nous sommes, vous vous en doutez, tout à fait tranquilles ".

Derrière tous ces témoignages, il y a un débat, et une question simple : faut-il supprimer les mutuelles étudiantes ? C'était une hypothèse envisagée par la Cour des comptes. Elle proposait que les étudiants puissent "basculer" dans le régime commun de la sécurité sociale, ce qui équivaudrait à la fin de leur régime spécifique. Le gouvernement s'y oppose.

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Les mutuelles étudiantes correspondent à un besoin, estime Geneviève Fioraso, la secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur, interrogée par France Info : "Pour faire des actions de prévention, notamment contre les addictions, ou en matière de soins gynécologiques, ce sont les étudiants qui sont les meilleurs prescripteurs auprès des autres étudiants ".

Le gouvernement souhaite tout de même que la LMDE professionnalise sa gestion. Les élus étudiants au conseil d'administration de cette mutuelle restent suspendus de leur fonction, en raison de la mise sous administration provisoire de la LMDE.