Le Bourget : "Je suis fier d’être musulman français ou Français musulman"

"Mohamed, prophète de miséricorde et de paix". C'est le thème de la 32ème Rencontre annuelle des musulmans de France qui se tient depuis vendredi et jusqu'à lundi au Parc des expositions du Bourget, près de Paris. Un lieu de rencontres et de débats pour un islam français forcément sous tension depuis les attentats de Paris en janvier.

(La rencontre annuelle des musulmans de France a accueilli dès vendredi plusieurs milliers de visiteurs au Bourget près de Paris © CHAMPALAUNE ROMAIN/SIPA)

Quelque 50.000 visiteurs sont attendus jusqu'à lundi au Bourget, près de Paris, pour la 32ème Rencontre annuelle des musulmans de France. L'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France, franchise française des Frères musulmans, est à l'initiative de ce rassemblement. Les participants sont de sensibilités très diverses, des plus laïques aux plus conservateurs.

L'endroit est une grande foire commerciale où s'écoulent livres, vêtements, produits de beauté, nourriture.  C'est aussi un lieu de rencontres et de débats pour un islam français forcément sous tension depuis les attentats de Paris en janvier, et alors que le gouvernement presse les responsables musulmans de se réorganiser face à la radicalisation djihadiste.

Rencontre des musulmans de France : "Je suis fier d’être musulman français ou Français musulman". Le reportage, au Bourget, de Mathilde Lemaire
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Samira a 34 ans. Elle est venue de l'autre bout de la Seine-Saint-Denis jusqu'au Bourget pour trouver des coloriages et des livres pour ses trois enfants. Sur un stand spécialisé, elle vient d’acheter un album coloré, Le Coran expliqué aux petits . Samira porte un foulard bleu et or qui encadre son visage. Elle dit n'avoir pas été victime directement d'actes ou de paroles islamophobes dont on sait qu'ils sont en augmentation en France ces derniers mois, mais la jeune femme ressent une pression depuis les attentats de janvier. Pas question pour autant, dit-elle, de nous replier sur notre communauté, au contraire. "Pour le repas, on doit manger Halal. Moi, je suis en entreprise, je mange à la cantine, si je ne peux pas manger de viande, de poulet ou autre, il y a d’autres plats, il y a du poisson, il y a les légumes, donc ça ne pose pas de problèmes. Et même à l’école, on est à l’école, c’est laïc, et puis à la maison on apprend notre partie de religion. Mes enfants le vivent bien. Ils connaissent les choses qu’il faut dire, à chaque moment de la journée, mais à l’école c’est différent. Ils vont le dire dans leur tête et voilà ", explique-t-elle.

"Je suis fier d’être musulman français ou Français musulman. Je suis citoyen français d’abord"

Comme Samira, Youssef refuse le repli communautaire et il dénonce la stigmatisation. Youssef tient un stand. Il vend des romans, des livres de philosophie, des essais spirituels en lien avec l'islam. Ce quadragénaire originaire du Liban est  éditeur et libraire dans une boutique juste en face de l'Institut du monde arabe. "L’après-midi même qui a suivi les évènements j’ai eu la visite d’un voisin qui m’interpellait sur ces évènements-là. Je lui ai demandé s’il s’était adressé à la boulangère ou bien à la caissière du supermarché pour lui demander ça. Il m’a dit que non.... J’estime que ce sont des malades mentaux qui ont commis un crime, c’est d’ordre criminel, ça n’a rien à voir avec la religion. Là on a vécu des évènements atroces, un malade mental s’est écrasé avec son avion et il a tué 150 personnes. Est-ce qu’on est allé demander aux Allemands de s’excuser ou de justifier ?... Non ", souligne Youssef.

"Dans nos prêches on essaie de dire aux gens de faire attention, de ne pas être manipulés"

L'amalgame entre islam et terrorisme est un fléau, dit aussi sur un stand voisin Benaissa Chana. Il est imam et préside le Conseil du culte musulman en Rhône-Alpes. L'UOIF, organisateur du rassemblement de ce week-end au Bourget, était depuis quelques années en délicatesse avec ce Conseil du culte musulman. Mais les deux instances opèrent un rapprochement et le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, est d'ailleurs attendu ce samedi au Bourget. Un signe fort. Les représentants musulmans sont, on le sait, pressés par le gouvernement de se réorganiser face à la radicalisation djihadiste. Un message qu'entend bien le Lyonnais Benaissa Chana. "Actuellement c’est le sujet le plus important pour déceler les sources et trouver des remèdes pour la radicalisation qui est en train de prendre de l’ampleur. Dans nos prêches on essaie de dire aux gens de faire attention, de ne pas être manipulés. Les radicaux essaient de faire un lavage de cerveau à nos jeunes, il ne faut pas prendre des fatwas, ni du savoir d’Internet, ni de n’importe qui. Il faut ouvrir la bonne porte. Tout ce qu’il s’est passé au nom de l’islam, nous le condamnons avec la plus grande fermeté. Ils n’ont rien à voir avec notre religion qui est une religion de fraternité, d’amour ", affirme l'imam.

"Nous sommes les premières victimes de ces terroristes-là"

Il y a aussi les bénévoles du Secours Islamique et d’autres associations encore. La plus visible cette année sur la foire c'est Syria Charity, qui délivre de l'aide médicale et alimentaire au cœur des zones sinistrées en Syrie. Sinane Alolaiwy est étudiant franco-syrien, musulman, bénévole dans cette ONG dont certains membres ont été tués par l’organisation état islamique. "L’Etat islamique tue beaucoup plus de musulmans que de non musulmans. Nous sommes les premières victimes de ces terroristes-là qui détruisent l’image de l’islam dans le monde entier. Il la détruise  parce qu’ils font leurs actes au nom de cette religion là et malheureusement il y a des gens qui ne distinguent plus les deux choses. Ce salon est une occasion pour les non musulmans de venir apprendre plus sur l’islam, apprendre la culture, c’est un bon moyen pour combattre l’ignorance ", nous dit Sinane.

Dans l'allée voisine, on ne parle plus de guerre, l’ambiance est plus joyeuse. Une femme propose des produits de beauté naturels traditionnels des pays arabes. Un homme vend lui des tee-shirts avec des inscriptions. L'un de ceux qui se vend le mieux cette année, celui où l'on peut lire en grand, en français : "L'islam, une religion de paix ".