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La métropole lilloise se déchire sur le dossier des Roms

La préfecture a fait évacuer un campement rom à Lille, mercredi. Depuis plusieurs mois, la situation se tend dans la métropole et embarrasse la gauche.

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Des Roms prennent leurs affaires alors qu'ils sont expulsés d'un camp, le 5 juin 2013 à Lille (Nord). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Deux cents policiers ont évacué un camp de Roms d’une centaine de personnes, mercredi 5 juin, à Lille. Martine Aubry, maire PS de la ville et présidente de Lille métropole communauté urbaine (LMCU), estime, dans un communiqué, que "cette opération devait avoir lieu". "La mendicité agressive, la prostitution et les actes d'incivilité commis par certains des occupants de ce campement rendaient la vie réellement difficile aux habitants de ce secteur."

Plus de 3 000 Roms vivent dans la métropole lilloise, dans des camps où les conditions de vie sont déplorables. Une situation qui agace les riverains, embarrasse la gauche et suscite les critiques des alliés de Martine Aubry.

Des riverains excédés

La situation est extrêmement tendue à Lille et ses alentours depuis plusieurs mois. Les riverains se plaignent des conditions sanitaires, de la mendicité et des vols à proximité des camps de Roms. "Je n’ai rien contre eux, mais c’est au niveau sanitaire que c’est une catastrophe", nous expliquait en octobre Fabrice Mitoumba, le pharmacien de Lille-sud, un quartier populaire de la ville, situé près du plus grand camp de Roms de la métropole (entre 800 et 1 000 personnes). "On voit des poubelles éventrées, des rats morts dans les rues, j’ai aussi eu des vols dans la pharmacie."

Des tensions entre riverains et Roms ont exacerbé la haine dans certains quartiers de la métropole. Le 21 mai, lors d’une réunion publique en présence de Pierre Dubois, maire socialiste de Roubaix, près de Lille, un riverain a lancé qu’il fallait "envoyer les Roms à Auschwitz". D’autres habitants de la ville prédisent une dégradation de la situation, "comme à Marseille”, allusion à l’expulsion d’un campement par les habitants d’une cité marseillaise, le 27 septembre 2012.

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A Villeneuve-d’Ascq, les habitants ont décidé, en avril, "d'assurer leur propre sécurité", en affichant la photo de Roms qui auraient prétendument commis plusieurs cambriolages dans la ville, raconte La Voix du Nord (article payant). Juste à côté, à Hellemmes, en octobre 2012, des manifestants s’en sont pris violemment au maire PS, Frédéric Marchand, qui souhaitait installer un village d'insertion pour les Roms dans la ville, note Nord Eclair (article payant).

Aubry accusée d'avoir laissé "pourrir" la situation

Face à cette montée des tensions, la métropole lilloise tente de gérer le dossier rom, en privilégiant "des solutions européennes et nationales". "On ne peut pas renvoyer le dossier aux collectivités seules", plaide le vice-président socialiste de la communauté urbaine Michel-François Delannoy dans La Voix du Nord (article payant).

Contactée par francetv info, Lise Daleux, adjointe au maire de Lille (EE-LV), affirme que d’autres solutions sont possibles et que la région, forte de 4 millions d'habitants, peut "accueillir 3 000 Roms en mobilisant les fonds européens". Elle accuse la maire de Lille d’avoir laissé "pourrir" la situation. "Quand Martine Aubry, présidente de la communauté urbaine, explique que c’est uniquement le problème du préfet, cela ne résout rien."

Maire divers gauche de Villeneuve-d’Ascq, Gérard Caudron critiquait, dès avril 2012 dans La Voix du Nord, l’approche de la communauté urbaine. "Si, à LMCU, pour des raisons politiques, on avait fait les bons choix, tout cela ne serait peut-être pas arrivé. A l'époque, on ne comptait que 600 Roms dans la métropole lilloise. Le sentiment d'impunité a généré un effet de masse."

"On ne peut être qu'embarrassé"

Lise Daleux, future tête de liste EE-LV aux municipales de 2014 à Lille-Lomme-Hellemmes, reconnaît que la situation donne du fil à retordre à la gauche lilloise, qui tente de concilier l’objectif de sécurité et le désir de justice. "Dans l’état actuel des choses, on ne peut être qu’embarrassé. Comment ne pas l'être quand on voit la progression des propos haineux et fascisants ?"

Dans son communiqué du 5 juin, Martine Aubry a promis de "mettre fin aux campements sauvages, trop nombreux dans notre métropole". Un vœu pieux pour le moment, qui se heurte à la nécessité de trouver des solutions de relogement pour les familles roms expulsées.

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