La femme du jour. Yasmine Morales, étudiante engagée auprès des migrants

Chaque jour, Nathalie Bourrus raconte une femme. Un portrait, mais surtout une rencontre. Aujourd'hui, Yasmine Morales.

Yasmine Morales.
Yasmine Morales. (NATHALIE BOURRUS / RADIO FRANCE)

Nom : Morales. Prénom : Yasmine. Âge : 20 ans. Métier : étudiante à l’Essec, engagée auprès des migrants. Pourquoi Elle ? Parce qu’un sommet sur les migrants se tient à Marrakech. Et parce que la jeunesse (en tout cas, une partie) est en colère.

La femme du jour. Yasmine Morales - Nathalie Bourrus
--'--
--'--

"Moi, je suis une privilégiée vous savez. J’ai une éducation, j’ai été à Henri-IV, je suis à l’Esse. Même si je suis boursière, j’ai de la chance", estime Yasmine, qui n’est donc pas en colère. En tout cas, pas sur son statut. Elle l’est pour tout autre chose. À 20 ans, ce qui la hante, ce sont les migrants, les exclus. Les enfants de Calais qui n’ont pas de chaussure l’hiver. Et Calais, Yasmine Morales, connaît. Au mois d’octobre, elle est partie là-bas, avec des copains de l’Esse. "Je voulais sortir de ma zone de confort, dit-elle, avec une voix calme et un genou qui gigote. On nous a proposé des lieux, on a choisi Calais." Drôle de choix, pas drôle. Calais et ses centaines de clandestins, errants. Ce lieu, devenu emblématique d’un malheur qui touche le monde.

Le matin, on prenait la voiture et on allait à l’entrepôt de l’Auberge des Migrants. On faisait à manger, ou alors on triait les dons. Le soir, on distribuait le thé, et les rallonges de portables.Yasmine Morales, étudianteà franceinfo

Les journées étaient intenses, non ? Elle me regarde, un peu éberluée. Voire agacée. De quoi je parle ? "Nous, au moins, on avait des chaussures, rétorque-t-elle. On se caillait, mais on avait des doudounes. Il y a quand même 2 000 personnes qui dorment dehors là-bas." Cette jeune fille a la peau tendre, mais son cuir se tanne. Il faut dire qu’elle y va. Il y a deux ans, en été, elle était déjà partie aider des gens. En Grèce, mais pas sur les plages. Non. Dans une banlieue, un coin paumé. Elle dormait par terre, et s’occupait d’enfants pauvres. Ce matin, elle a vu les images de jeunes mis à genoux à Mantes-la-Jolie. "Je m’informe beaucoup, j’ai les applis, Le Monde, France Inter, France Culture. Je ne sais pas ce qu'il s’est passé dans ce lycée, mais ces images de jeunes mis à genoux, ou contre un mur, sont choquantes", commente-t-elle.

Un mot pour la définir ? Consciente. À tous juste 20 ans, Yasmine Morales est déjà une jeune femme engagée. Pas de béni-oui-oui en elle. C’est une porteuse d’idéal réaliste.