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Violences contre les élus locaux : "Ce que nous demandons, ce sont des moyens", explique le maire d’Issoudun André Laignel

Les agressions contre des maires ont augmenté de "quasiment 20%" par rapport à l'an dernier, indique l'élu qui a lui-même été victime.

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Radio France
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André Laignel, maire d'Issoudun et vice-président de  l’Associaiton des maires de France, le 19 novembre 2019. (IAN LANGSDON / POOL)

"Ce que nous demandons, ce sont des moyens", a souligné le maire PS d’Issoudun André Laignel, premier vice-président délégué de l’Association des maires de France, mercredi 2 septembre sur franceinfo, après une réunion avec le gouvernement consacrée aux violences à l’égard des élus locaux. "Avons-nous véritablement été entendus ? Nous le verrons dans les semaines à venir", a-t-il dit, tout en appelant à un "renforcement" des "services publics de la sécurité". Il y a "urgence", selon lui : "Nous sommes maintenant, par rapport à l’an passé, quasiment à une augmentation de 20% des exactions" à l’égard des élus locaux, a indiqué André Laignel, qui a lui-même été agressé l'an dernier.

franceinfo : Avez-vous été écoutés, entendus par le gouvernement ?

André Laignel : Écoutés, incontestablement. Avons-nous véritablement été entendus ? Nous le verrons dans les semaines à venir. Ce qui est important, c’est que nous demandions une telle réunion depuis des semaines et des semaines. Et le fait que le gouvernement ait constaté l'importance et l'urgence du sujet va dans le bon sens. Les exactions à l'égard des élus locaux se sont multipliées. Nous en sommes maintenant, par rapport à l'an passé, quasiment à une augmentation de 20% sur des chiffres qui étaient déjà importants [233 maires agressés entre janvier et juillet cette année] Et depuis le 1er juillet, il y en a encore eu entre 20 et 30.

À la sortie de la réunion, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a évoqué la qualification d'outrage plutôt que celle d'injure...

C'est symbolique. Ça va dans le bon sens, mais ce n'est pas à la hauteur des enjeux, évidemment. Ce que nous demandons, ce sont des moyens. Les moyens sont insuffisants dans beaucoup de villes de France en termes de police, insuffisants dans beaucoup de départements de France en termes de gendarmerie. Il faut qu'il y ait des capacités de réponse rapide, de réponse efficace pour faire reculer ces incivilités et souvent des incidents encore bien plus graves que des incivilités. Donc, nous attendons bien évidemment que ces moyens soient au rendez-vous. Et puis, il nous a été indiqué qu'une nouvelle circulaire du garde des Sceaux serait promulguée dans les jours à venir. Je rappelle que nous en avons eu une il y a moins d'un an, en novembre 2019, qu'elle était consécutive à la mort d'un maire, à Signes dans le Var, et que malheureusement, cette circulaire qui avait de bonnes intentions n'est pas véritablement entrée en pratique. J'espère que s'il y a une nouvelle circulaire, ce sera quelque chose de concret, d'efficace et de ferme.

Comment mieux protéger les maires ?

Protéger les maires, c'est d'abord faire que l'exemplarité des peines soit au rendez-vous. C’est faire que chaque fois qu'il y a un incident concernant un élu de la République, il y ait automatiquement, obligatoirement, des poursuites qui soient engagées. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Il arrive qu'on classe sans suite. Il arrive qu'on fasse de simples rappels à la loi. Cela n'est pas suffisant, ce n'est pas dissuasif. Et puis, il faut que les services publics soient renforcés. Le service public de la sécurité, à travers la police et la gendarmerie, et le service public, bien entendu, de la justice.

Pourtant, les Français disent que leur élu préféré est le maire de leur commune. Comment expliquez-vous que les élus locaux soient autant pris pour cibles ?

C'est vrai que quasiment trois quarts des Français disent que leur élu préféré, c’est le maire. Mais en même temps, nous sommes les élus de la première ligne, ceux qui sont en contact quotidien avec nos concitoyens et donc les plus exposés. J'ai coutume de dire que le citoyen va voir le maire parce que c'est le premier recours qu'il a à proximité, mais souvent aussi c’est le dernier espoir. Et quand, face à cet espoir, nous n'avons pas la possibilité de répondre, alors cela peut engendrer la colère. Ça n'excuse pas, mais c'est malheureusement un processus que nous rencontrons.

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