Une descendante d'esclave va attaquer l'Etat

Rosita Destival, arrière-arrière-petite-fille d'esclave, veut "rendre honneur" à ses ancêtres et assigne l'Etat en justice.

Une statue intitulée \"Fer\" symbolise l\'abolition de l\'esclavage, dans un jardin public de Paris, le 3 avril 2009.
Une statue intitulée "Fer" symbolise l'abolition de l'esclavage, dans un jardin public de Paris, le 3 avril 2009. (JACQUES BRINON / AP / SIPA)

Elle demande justice pour son arrière-arrière-grand-père. Rosita Destival, 51 ans et descendante d'esclave, a affiché mardi 8 janvier son intention d'assigner l'Etat français en justice. Elle veut obtenir réparation du préjudice causé par l'asservissement de son aïeul, une première destinée à faire pression sur le gouvernement pour qu'il s'engage à réparer la traite des Noirs.

Rosita Destival s'appuie sur la loi Taubira de 2001, qui qualifie l'esclavage de crime contre l'humanité. "J'exige vérité, justice et réparation pour rendre honneur à nos ancêtres", a déclaré, lors d'une conférence de presse, cette militante du Mouvement international pour les réparations (MIR), dont l'arrière-arrière-grand-père a été affranchi en 1834 en Guadeloupe.

"Des centaines de milliers de Destival"

"Elle a un préjudice moral : son nom n'est pas le vrai nom de sa famille et elle ne connaît pas ses origines", a expliqué son avocat, Me Johannes Louis. "Elle a aussi un préjudice matériel : son aïeul n'a pas pu constituer de patrimoine et sa famille a vécu dans des conditions difficiles", a-t-il ajouté. Le montant du préjudice n'a pas été chiffré. "On va demander la désignation d'un expert pour l'évaluer", a indiqué Me Louis.

Rosita Destival est soutenue par le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran). "L'Etat s'est engagé à mettre en place une politique de réparation contre l'esclavage. Or, le dossier s'est enlisé", a déploré Louis-Georges Tin, président du Cran. "Si le gouvernement refuse de répondre sur le terrain politique, il devra répondre sur le terrain judiciaire", a-t-il commenté, en menaçant de soutenir "des dizaines voire des centaines de milliers de Destival".