Tourisme sexuel : ce que l'on sait sur le professeur de français mis en examen pour viols et agressions de mineurs

L'homme de 51 ans est soupçonné d'avoir fait une cinquantaine de victimes, des garçons de moins de 15 ans, dans plusieurs pays d'Asie.

Le Français Jean-Christophe Quenot a été arrêté à Besançon (Doubs) et mis en en examen pour viols et agressions sur mineurs de 15 ans le 1er avril 2019.
Le Français Jean-Christophe Quenot a été arrêté à Besançon (Doubs) et mis en en examen pour viols et agressions sur mineurs de 15 ans le 1er avril 2019. (FRANCE 3)

Bangkok, une chambre d'hôtel, deux garçons de 13 et 14 ans et un homme, la cinquantaine, français, avec la panoplie du touriste sexuel : une caméra, du Viagra et des préservatifs… C'est cette scène qu'ont découverte les policiers thaïlandais le 4 février. Interpellé, puis relâché, ce professeur de français de 51 ans a finalement été arrêté à Besançon (Doubs) par les enquêteurs de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) le 30 mars dernier. Retour sur cette affaire sordide, symptomatique du fléau du tourisme sexuel.

Qui est cet homme ?

L'individu arrêté s'appelle Jean-Christophe Quenot. Il est originaire de Besançon, où vivent ses parents, révèle Le Parisien. D'après son profil sur un réseau social,  consulté par France 3 Nouvelle-Aquitaine, il a été scolarisé à Limoges (Haute-Vienne) entre 1973 et 1982, où il aurait fréquenté trois établissements : l'école primaire d'application Le Roussillon, l'école primaire Edouard-Herriot et le collège Gay-Lussac, devenu lycée à la fin des années 1980. Jean-Christophe Quenot est parti s'installer à Singapour en 2001, où il est devenu professeur pour le ministère de l'Education de Malaisie, indique L'Est républicain (article abonnés). Jusqu'ici, il était inconnu des services de police en France.

Que lui est-il reproché ?

Le 4 février dernier, la police thaïlandaise découvre Jean-Christophe Quenot dans une chambre d'hôtel de Bangkok avec deux garçons de 13 et 14 ans. Dans la chambre, les autorités mettent la main sur une caméra et un trépied, des provisions de Kamagra, la version économique du Viagra, une trentaine de préservatifs, ainsi que du matériel pornographique sur des disques durs, énumère L'Est républicain.

Le quinquagénaire se rendait régulièrement dans cet hôtel et y restait quelques jours. Il aurait expliqué aux policiers qu'il avait l'habitude de venir dans ce quartier de la ville pour enseigner l'anglais et le football à des adolescents, avant de leur proposer des relations sexuelles, précise le quotidien franc-comtois. Selon Le Parisien, les deux jeunes garçons auraient été recrutés sur Facebook et auraient dû toucher un peu moins de 30 euros pour ces relations. 

Après son arrestation en France le 30 mars, l'homme est mis en examen le 1er avril pour "viols et agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, détention, acquisition et captation en vue de leur diffusion d’images à caractère pornographique sur un mineur, participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime et corruption de mineur de plus de 15 ans", a détaillé le parquet à franceinfo. Dans son portable, la police française retrouve des dizaines de fichiers où il se met en scène avec de jeunes garçons asiatiques, rapporte Le Parisien.

En garde à vue, l'homme aurait, selon le quotidien, "cherché à minimiser" les faits, ne reconnaissant que ceux pour lesquels il a été pris en flagrant délit. Mais l'information judiciaire vise également des faits susceptibles d'avoir été commis en Thaïlande, en Malaisie, aux Philippines et en Inde, puisque son passeport porte la trace de dizaines de voyages, selon les autorités thaïlandaises. Au total, l'homme est soupçonné d'avoir fait une cinquantaine de victimes, que des jeunes garçons, a révélé une source policière à France 3. 

Pourquoi a-t-il été arrêté à Bangkok, puis à Besançon ?

Avant d'être interpellé à Besançon, Jean-Christophe Quenot avait été arrêté le 4 février à Bangkok. L'affaire avait été médiatisée par la police thaïlandaise, mais après quelques jours de détention, il avait été relâché après avoir payé une caution de 8 400 euros. Il avait toutefois interdiction de quitter la Thaïlande, indique France 2, mais a tout de même réussi à fuir le pays illégalement. "Il a en tout cas récupéré son passeport", souffle une source proche de l'enquête au Parisien. Une enquête interne va être menée au sein de la police thaïlandaise pour comprendre comment l'homme a pu s'envoler pour la France, précise France 2.

Quoiqu'il en soit, au moment des faits, son profil est signalé par les autorités thaïlandaises à leurs homologues françaises. Une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Paris et un mandat de recherche est lancé. Quand il rentre chez ses parents à Besançon pour leur rendre visite, Jean-Christophe Quenot ignore qu'il est pisté. Et le 30 mars, l'Office central pour la répression des violences aux personnes l'interpelle au domicile parental. 

Une telle affaire est-elle exceptionnelle ?

Le tourisme sexuel revient régulièrement dans l'actualité. La Direction centrale de la police judiciaire traite, chaque année, une vingtaine de cas de pédophiles français à l'étranger, indique Le Parisien. Mais selon Ludivine Piron, chargée de projet de l’association Ecpat France, qui lutte contre la prostitution des enfants et le tourisme sexuel en Asie, les affaires comportant autant de victimes sont rares. "On a eu quelques précédents, qui sont quand même très rares, d'affaires de ce type, avec de nombreuses victimes identifiées. Mais c'est vraiment exceptionnel et cela reste une affaire d’ampleur aujourd’hui", confie-t-elle à franceinfo.