Terrorisme : les paiements en liquide de plus de 1.000 euros bientôt interdits

Mardi prochain entrent en vigueur de nouvelles mesures du ministre des Finances, Michel Sapin, pour lutter contre le financement du terrorisme. Vous ne pourrez plus payer en liquide au-delà de 1.000 euros -jusqu’à présent c’était 3000 euros. Pour les touristes étrangers, ce sera 10.000 euros au lieu de 15.000.

(A partir de mardi, les paiements en liquide de plus de 1.000 euros seront interdits, pour gêner le financement du terrorisme © Maxppp)

Défendu de payer plus de 1.000 euros en liquide à partir de mardi prochain. C'est la principale des mesures prises par le ministre des Finances, Michel Sapin, pour lutter le financement du terrorisme. Mais ce n'est pas tout. En janvier, seconde vague : vérification d’identité pour toutes opérations de change en liquide au-dessus de 1.000 euros. Signalement aussi des retraits ou dépôts sur votre compte, c’est en liquide et au-delà de 10.000 euros sur un mois.

"Le crédit à la consommation, on a le crédit revolving qui peut très bien servir à ce type d'opérations "

Avec de telles sommes, on est loin de Ben Laden et de ses réseaux financiers internationaux. Les attentats et tentatives d’attentats de ces derniers mois l’ont montré, on a désormais à faire à un terrorisme bon marché, autofinancé, avec les moyens du bord. Mohammed Merah ? C’était surtout des go-fast –le transport de drogue entre l’Espagne et la France. Les frères Kouachi ? Des petits trafics de contrefaçons. Leur complice Amedy Coulibaly ? Un crédit à la consommation de 6.000 euros chez Cofidis. Pour Eric Vernier, professeur de finance et spécialiste du blanchiment, "on a le crédit à la consommation, on a le crédit revolving qui peut très bien servir à ce type d'opérations. Vous pouvez aller dans toutes les banques ouvrir assez facilement des lignes de 2.000-3.000 euros assez facilement. Vous multipliez par cinq ou six établissements et très vite vous avez 15.000 ou 20.000 euros. Et donc financer par exemple un départ vers la Syrie ou des achats d'armes en liquide dans certains quartiers de Marseille ou de Paris ".

Cartes bancaires prépayées anonymes

Alors l’éventail des méthodes est large, il y a aussi les fraudes à la carte bancaire ou aux assurances. Le crowdfounding même ! Ces plate-formes participatives sur Internet, où on peut collecter des fonds pour un projet personnel. Jean-Charles Birsard, du Centre d’Analyse du terrorisme : "On n'a pas décidé d'octroyer des moyens suffisant à la lutte contre le financement du terrorisme. On est en sous-effectifs. Les mesures annoncées portent très peu sur les moyens utilisés par les terroristes. Par exemple, envoyer de l'argent à travers des téléphones portables, à travers des cartes bancaires prépayées anonymes. On n'a pas aujourd'hui la capacité de modéliser ce financement ".

"Les deux frères Kouachi avaient amassé un peu d'argent avec du trafic : vêtements ou chaussures contrefaites "

Le constat est assez inquiétant, mais il n'est pas entièrement nouveau. Bien avant les attentats de janvier, les services de renseignement tiraient déjà la sonnette d’alarme. Les nouvelles mesures de Michel Sapin sont censées répondre à ces carences. En limitant les capacités de paiements anonymes. Les fameuses cartes bancaires prépayées ne disparaissent pas, mais on ne pourra plus payer plus de 250 euros sans vérification d’identité.

Logiciel pour repérer les financements douteux

Et puis, Tracfin, la cellule de renseignement financier de Bercy, doit être renforcée. Pour éviter les ratés comme avec les frères Kouachi. Michel Sapin, le ministre de l'Economie : "Les deux frères avaient amassé un peu d'argent avec du trafic : vêtements ou chaussures contrefaites. Ca avait été repéré, mais comme étant purement criminel. Et donc, ça n'était plus de l'ordre de la lutte contre le terrorisme. Il aurait fallu maintenir la jonction avec les autres services, en particulier les services de lutte contre le terrorisme ".

Car rien qu'en 2014, il y a eu 43.000 alertes pour une centaine d’agents, qui doivent traquer le blanchiment, la fraude fiscale et désormais aussi le microfinancement du terrorisme. La solution vient peut-être d'une "modélisation" informatique, décrite par un informaticien américain développant un tel logiciel. Il a souhaité conserver l'anonymat : "L'idée c'est d'identifier clairement une série d'évènements ou de comportements financiers et de les classer par phase : radicalisation, entraînement, préparation, attentat. Dans chaque phase, en fonction des critères qui se remplissent, un algorithme qui collecte les données donne un score aux individus. Et à chaque fois qu'un individu atteint un score, une alerte se déclenche, même si c'est après une longue période de sommeil, pour se faire oublier. Et c'est alors à la police d'agir ou de reprendre la surveillance ".