Rwanda : condamnation historique d'un Rwandais à Paris pour complicité de génocide

La cour d'assises de Paris a rendu son verdict vendredi dans le tout premier procès organisé en France sur le génocide rwandais. Pascal Simbikangwa, ex-capitaine de la garde présidentielle, écope de 25 ans de prison.

Pascal Simbikangwa, ex-capitaine de la garde présidentielle au Rwanda, lors de son procès pour complicité dans le génocide des Tutsis en 1994, le 4 février 2014 à Paris.  
Pascal Simbikangwa, ex-capitaine de la garde présidentielle au Rwanda, lors de son procès pour complicité dans le génocide des Tutsis en 1994, le 4 février 2014 à Paris.   (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Ils étaient chargés de juger des faits qui se sont produits il y a deux décennies, dans un petit pays africain distant de 6 000 kilomètres. Les jurés de la cour d'assises de Paris ont condamné à 25 ans de prison le Rwandais Pascal Simbikangwa pour sa complicité dans le génocide des Tutsis au Rwanda, vendredi 14 mars. Un verdict historique pour le tout premier procès en France sur ce génocide, qui a fait 800 000 morts en 1994.

Agé aujourd'hui de 54 ans, cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident en 1986, l'ex-capitaine de la garde présidentielle nie en bloc et n'a eu de cesse, au long des six semaines de procès, de minimiser son rôle et sa compréhension des massacres à l'époque. L'accusation avait demandé la perpétuité contre un "donneur d'ordre", "génocidaire négationniste". La défense avait fustigé un "château de cartes" à charge construit dans un but "politique" sur des témoins pas fiables, guidés par la rancune, l'endoctrinement ou la peur, et avait réclamé l'acquittement.

Arrêté pour trafic de faux papiers dans l'île française de Mayotte, Pascal Simbikangwa était jugé au titre de la "compétence universelle" prévue pour les crimes les plus graves. Vingt-sept informations judiciaires sur le Rwanda sont actuellement traitées au "pôle génocide" du parquet de Paris, dont deux sont proches de la fin de l'instruction.

De longues semaines "en enfer" 

"Le fait qu'il conteste avoir vu le moindre cadavre (revient à] manifestement minimiser son rôle et sa connaissance des massacres qui se déroulaient sous ses yeux", a jugé la cour. Pour elle, Pascal Simbikangwa a bien distribué des armes aux miliciens Interahamwe qui tenaient les barrages dressés dans Kigali et "donné des instructions pour que les Tutsis soient systématiquement exécutés sur le champ". Elle a aussi estimé "invraisemblable", au vu de son parcours politique, qu'il soit resté "inactif" après l'assassinat au soir du 6 avril 1994 du président Juvénal Habyarimana, dont il était proche.

Au fil des audiences, le capitaine Simbikangwa était apparu toujours passionné de politique, restant sur la plupart des positions des extrémistes hutu, tout en cherchant systématiquement à minimiser son rôle et sa compréhension des massacres à l'époque. Paradoxalement, ce sont des témoignages de Tutsis que le capitaine Simbikangwa a sauvés à Kigali qui ont été les plus embarrassants pour lui, plusieurs disant l'avoir vu stocker des armes chez lui et les distribuer. Un voisin, âgé alors de 18 ans et qui l'a suivi tout du long, a évoqué de longues semaines "en enfer"

Sans grand choix face à cette intransigeance, ses défenseurs, Mes Fabrice Epstein et Alexandra Bourgeot, avaient adopté une stratégie offensive : mettre en cause la fiabilité des témoins rwandais, essentiels dans ce dossier sans victimes directes (seules cinq ONG sont parties civiles). Puis ils avaient dénoncé le caractère "politique" du procès juste avant les commémorations des 20 ans du génocide, alors que la France est régulièrement accusée par les autorités post-génocide de Kigali d'avoir soutenu et protégé le régime hutu génocidaire. Et avaient appelé, en vain, les jurés citoyens à se "révolter" contre cette instrumentalisation politique.