Réforme pénale : Valls critique Taubira

Ils n'avaient pas le même avis sur la libération de trois détenus faute de place au début du mois, il semble aujourd'hui que les désaccords soient majeurs entre le ministre de l'Intérieur et la Garde des sceaux. Dans une note envoyée par Manuel Valls à François Hollande, et dont le journal Le Monde s'est procuré une copie, le ministre de l'Intérieur fait part de son opposition à la réforme pénale en préparation à la Chancellerie. 

(Jacky Naegelen Reuters)

La réforme de la justice est en préparation depuis près d'un an, et alors que le texte devrait être présenté en Conseil des ministres à la rentrée, le ministre de l'Intérieur a sérieusement critiqué le travail de sa collègue en charge de la Justice. Dans une note envoyée fin juillet au président François Hollande, et dont Le Monde a obtenu une copie, Manuel Valls pointe des "désaccords de fond et de méthode " avec Christiane Taubira. 

Manuel Valls dénonce d'abord "la méthode " employée par sa collègue. Il donne l'impression d'être mis devant le fait accompli et de ne pas avoir suffisamment de temps pour analyser "les orientations de ce texte ". Sur le fond, les désaccords sont nombreux. Le ministre de l'Intérieur défend le recours à la prison comme sanction pénale, il soutient qu'il faut réformer les parquets, et son point de vue diverge également dans le traitement de la récidive. Or, la réforme de Christiane Taubira prévoit de développer des alternatives à la prison, et notamment, de supprimer les les peines automatiques pour les récidivistes. 

Problème de forme et de fond

L'opinion de Manuel Valls est partagée par le président de l'Union syndicale des magistrats, Christophe Régnard. Pour le magistrat, "c'est vrai qu'il y a un problème de méthode, puisque personne n'a eu manifestement accès au texte de Madame Taubira ", souligne M. Régnard. Quant au fond, il n'est "pas loin de partager certaines des inquiétudes du ministre de l'Intérieur ". "On s'étonne des libérations automatiques aux deux tiers des peines ", souligne le magistrat. "Et surtout du principe des peines de probation, parce qu'elles ne sont ni financées ni finançables, et en l'état, ce sont plutôt des coquilles vides ". Les peines de probation sont des alternatives à la détention. 

Ce désaccord profond entre les deux linistres n'est pas pour déplaire aux syndicats de policiers, qui exhortent depuis plusieurs mois Manuel Valls, qui est "dans le réel", estime Patrice Ribeiro, le secrétaire général de Synergie Officiers, à s'opposer à cette réforme de la justice.