Procès Kerviel : "Je considère que je ne suis pas responsable de cette perte"

Le procès en appel de Jérôme Kerviel, condamné à trois ans de prison ferme en première instance pour une perte historique de 4,9 milliards d'euros subie par la Société générale en 2008, s'est ouvert ce matin à Paris. L'ancien trader a réaffirmé son innocence. Une vingtaine de témoins doivent être entendus jusqu'au 28 juin.

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L'ancien trader de la Société général est arrivé au palais de justice en costume bleu sombre, chemise blanche au col ouvert. Il s'est assis sur un fauteuil au premier rang de la grande salle d'audience de la 1ère chambre de la cour d'appel.
Devant la présidente, Jérôme Kerviel a indiqué qu'il était "sans profession depuis un an " et "actuellement " sans revenus.
A la question de savoir pourquoi il avait fait appel du premier jugement, qui l'avait lourdement condamné en 2010, le jeune homme a répondu à la présidente: "Je considère que je ne suis pas responsable de cette perte et des faits qui me sont reprochés, j'ai toujours agi en connaissance de cause de ma hiérarchie ".

"C'était une erreur"

Prié de dire à quoi il était employé, il a dit : "mon mandat était de gagner de l'argent pour la banque ", mais la présidente a lu la charte de déontologie qu'il avait signée en 2006 quand il était devenu trader titulaire à 28 ans, et qui interdisait de "faire bouger significativement le marché ", ainsi que de prendre des risques sans l'autorisation de son supérieur.
"Pour être franc, je l'ai signée mais je ne l'ai pas lue ", a-t-il dit. La présidente a cependant lu les documents qui lui attribuaient une fonction "d'arbitrage", donc un métier où les positions sont normalement systématiquement couvertes pour limiter le risque.
"Tout le monde s'asseyait sur ce document ? ", a interrogé la présidente, à propos de la charte de déontologie.
"C'était une erreur de ma part, une erreur extravagante ", a déclaré l'ancien trader, à propos des 30 milliards de positions prises en 2007.

Pendant toute la durée du procès, une vingtaine de témoins vont se succéder à la barre. Parmi eux, l'ancien PDG de la Société Générale Daniel Bouton. Il devrait être entendu comme témoin le 21 juin. On se souvient qu'en première instance, Daniel Bouton avait accablé l'ancien trader, qualifiant de "catastrophe " la "fraude " dont l'accuse la banque.

Maître David Koubbi, nouvel avocat du prévenu, a clamé qu'il démontrerait son innocence et lancé une rafale de procédures avant l'audience, deux plaintes pour la banque pour faux et escroquerie au jugement et une procédure devant le Conseil supérieur de la magistrature contre le magistrat ayant précédé le premier procès.
La Société générale, qui a répliqué par une plainte pour dénonciation calomnieuse, voit dans ces démarches une gesticulation. "Quand on a subi une défaite en première instance, on est obligé de faire plus de bruit. Je ne vois dans cette affaire que du bruit médiatique et aucun argument juridique ", a dit à la presse Maître Jean Veil, un de ses avocats, avant l'audience.

La cour, qui examinera le dossier jusqu'à la fin du mois, devra dire, sans doute à l'automne, si elle confirme la culpabilité du jeune homme de 34 ans et sa responsabilité civile. La défense plaide la relaxe.